FAKEDEX – Médecine anthroposophique

Médecine anthroposophique

La médecine anthroposophique est la branche prenant en charge la santé des patients, issue de l’anthroposophie, courant développé par Rudolph Steiner au début du XXème siècle. Cette branche médicale a été développée dans les années 1920 grâce au travail du Dr Ita Wegman. Cette gynécologue allemande a créé une clinique anthroposophique en 1921, avant de co-écrire un livre avec Rudolph Steiner, posant ainsi les bases de cette discipline[1].

La médecine anthroposophique est appliquée dans plusieurs pays européen, dont la France, par des médecins ayant obtenu un diplôme d’état de docteur en médecine. L’approche de la santé des individus amène les médecins anthroposophiques à voir la maladie comme une « crise biographique de l’individualité », comme une « rupture d’équilibre des différents niveaux de la nature humaine »[2], comme un dérèglement karmique.

En Europe, en 2012, 4 800 médecins font partie d’une association nationale de médecine anthroposophique, dont 350 en France[3].

Les traitements de la médecine anthroposophiques sont de deux sortes, mais visent un seul but : ramener l’harmonie au sein de l’individu.

Les traitements non-médicamenteux sont la psychothérapie anthroposophique, l’étude biographique, les thérapeutiques artistiques, eurythmie thérapeutique. L’étude biographique, nécessite la « compréhension du karma et de la réincarnation, élément essentiel au travail biographique », pour comprendre « l’ensemble de la biographie de la personne »[4]. L’eurythmie thérapeutique est un travail sur le mouvement, censé aider le patient à « participer activement au processus de guérison et (…) assumer la responsabilité de façonner sa propre existence »[5].

Les traitements médicamenteux doivent être d’origine minérale, végétale ou animale, et se présentent donc essentiellement sous la forme d’homéopathie ou de phytothérapie.

Une grande partie des traitements non-médicamenteux de la médecine anthroposophique se fonde sur des principes inconnus de la science à ce jour.

Concernant l’art-thérapie, elle n’a pas fait preuve de son efficacité chez les patients atteints de démence[6], de schizophrénie[7], de psychose[8], de dépression, d’anxiété ou de phobies[9].

L’homéopathie n’apporte aucun bénéfice en santé[10], malgré plus de 200 ans d’utilisation.

Quant à la phytothérapie, si les propriétés thérapeutiques de certains végétaux ont fait preuve de leur efficacité, ce sont des produits très délicats à utiliser, car ils exposent à des effets indésirables[11], à d’éventuelles interactions médicamenteuses[12], et présentent des marges thérapeutiques parfois très étroites et difficiles à contrôler[13]. Le traitement fer de lance de la médecine anthroposophique est le gui (Viscum album) proposé comme médicament anticancéreux. Utilisé suite à une intuition de Rudolph Steiner, Viscum album expose à des risques d’interactions médicamenteuses graves[14], présente des caractéristiques cytotoxique[15], et n’a pas montré d’efficacité en termes de qualité de vie, de survie ou d’autres mesures de résultats[16]. Il n’y a donc aucun intérêt de prescrire des extraits de gui aux patients atteints d’un cancer[17], et encore moins sous sa forme homéopathique.

La médecine anthroposophique expose à un retard voire à un refus de soins[18], sans faire preuve d’une efficacité particulière.

L’anthroposophie est considérée comme une croyance présentant des risques de dérives sectaires, même si des recours juridiques ont donné lieu à un retrait de la médecine anthroposophique du guide Santé et dérives sectaires de la Miviludes[19].


[1] Steiner R et Wegman I, « Données de base pour un élargissement de l’art de guérir », Editions Triades, 1978 : 134 pages.

[2] Kempenich R « Présentation de la médecine anthroposophique », Association pour la recherche et l’enseignement en médecine anthroposophique, consulté sur www.arema-anthropomed.fr le 25 novembre 2019.

[3] Conseil national professionnel des médecins à expertise particulière – Section médecine anhroposophique « La médecine anthroposophique en France et en Europe – Présentation – Situation -Formation -Evaluation », CNP MEP-SMA 2012, 72 pages, consulté sur www.ifema.fr le 25 novembre 2019.

[4] Goetheanum « Le travail biographique : « Ô être humain, connais-toi toi-même », consulté sur www.goetheanum.org le 25 novembre 2019.

[5] « Profil professionnel pour l’exercice de l’eurythmie thérapie » : 6 pages. Consulté sur www.eurythmie-therapeutique.fr le 25 novembre 2019.

[6] Deshmukh SR et coll. « Art therapy for people with dementia”, Cochrane Database of Syst Rev 2018, 9 : CD011073.

[7] Ruddy R et Milne D « Art therapy for schizophrenia and schizophrenia-like illnesses”, Cochrane Databace of Syst Rev 2005, 4 : CD003728.

[8] Attard A et LarkinM « Art therapy for people with psychosis: a narrative review of the literature”, Lancet Psychiatry 2016 ; 3(11):1067-1078.

[9] Uttley L et coll. « The clinical and cost-effectiveness of group art therapy for people with non-psychotic mental health disorders: a systematic review and cost-effectiveness analysis” BMC psychiatry 2015 ; 15:151.

[10] Haute autorité de santé « Commission de la transparence. Evaluation des médicaments homéopathiques soumis à la procédure d’enregistrement prévue à l’article L.5121-13 du CSP », Avis de l’HAS, 26 juin 2019.

[11] Posadzki P et coll « Adverse effects of herbal medicines: an overview of systematic reviews”, Clin Med 2013;13(1):7-12.

[12] Fugh-Berman A, « Herb-drug interactions”, Lancet 2000;355(9198):134-138.

[13] Prescrire Rédaction « Divers « produits » à base de plantes : arrêt de la vent pour défaut d’AMM », Rev Prescrire 2005 ; 25(259) :189.

[14] Posadzki P et coll. « Herb-drug interactions: an overview of systematic reviews”, Br J Clin Pharmacol 2013;75(3):603-618.

[15] Prescrire Rédaction « Arrêt de la vente de certains « produits » à base de plantes », Rev Prescrire 2005 ;25(262) :422.

[16] Ernst E et coll. « Mistletoe for cancer? A systematic review of randomized clinical trials”, Int J Cancer 2003;107(2°:262-267.

[17] Freuding M et coll « Mistletoe in oncological treatment: a systematic review: part 1: survival and safety”, J Cancer Res Clin Oncol 2019 ; 145(3):695-707.

[18] Ernst E « Anthroposophy : a risk factor for noncompliance with measles immunization”, Pediatr Infect Dis J 2011;30(3):187-189.

[19] Miviludes « Santé et dérives sectaire », 10 avril 2012, consulté sur www.derives-sectes.gouv le 14 juillet 2021.

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