FAKEDEX – ETIOPATHIE

L’étiopathie est une thérapeutique manuelle, dont le nom est déposé en 1963 par Christian Trédaniel, déçu de son histoire médicale (1) . Elle souhaite se différencier de l’ostéopathie et de la chiropraxie en déclarant s’attacher à traiter les causes plutôt que les symptômes, et en s’inscrivant dans « l’art ancestral des rebouteux » (2) .

 L’étiopathie déclare pouvoir traiter un grand champ de pathologies : des troubles de l’appareil locomoteur, mais aussi des troubles gynécologiques, ORL ou respiratoires, par exemple (3) .
La prise en charge étiopathique se fait sur 3 à 6 séances environ (4), pour un coût d’au moins 50 euros par séance.
La formation en étiopathie se fait au sein de structures privées (appelées facultés libres d’étiopathie) situées en Bretagne, à Paris, à Lyon et à Toulouse, sur une durée de 6 ans (soit 3  250 heures, l’équivalent de 6 semaines par an) (5) . On compte aujourd’hui en France environ 600 étiopathes diplômés (6).

L’étiopathie ne s’appuie sur aucune base théorique. Il est à noter que les principaux ouvrages traitant d’étiopathie sont édités par les Editions Avenir des sciences. Il existe une seule occurrence lorsque l’on interroge la base de données Pubmed à la recherche de données cliniques concernant l’étiopathie (7). .
Concernant son efficacité, un rapport de l’Inserm n’est pas parvenu à trouver des preuves de l’efficacité de la prise en charge étiopathique, dans aucune de ses indications. L’Inserm souligne en revanche le risque « d’événements indésirables rares, mais graves », mais aussi le risque de dérives sectaires et de suspicion d’exercice illégal de la médecine (8) .

Références

1-  « Le fondateur de l’étiopathie, Christian Trédaniel », consulté sur www.etiopathie.com le 23/04/2019.
2 – « D’où vient l’étiopathie ? », consulté sur www.etiopathie.com le 23/04/2019.
3-  « Que soigne l’étiopathie ? », consulté sur www.etiopathie.com le 23/04/2019.
4 –  « Comment se déroule une consultation ? », consulté sur www.etiopathie.com le 23/04/2019.
5 –  « Etiopathie, Enseignement en France », prospectus des Facultés libres d’étiopathie, consulté sur www.etiopathie.com le 23/04/2019.
6 –  Selon le registre national des étiopathes.
7 –  Nau J-Y « Les miracles de l’étiopathe qui guérit le « Tout-Paris » », Rev Med Suisse 2013 ; 9 (404) : 2022-2023.
8 –  Ben Kheldher Balbolia S et coll. « Evaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’étiopathie », Rapport Inserm, 2018 : 93 pages.

FAKEDEX – Hydrothérapie du côlon

Si l’hydrothérapie, c’est-à-dire le fait d’utiliser de l’eau pour soigner est très ancienne, il faut la différencier de l’hydrothérapie du côlon, vantée par des célébrités et des naturopathes (1) . L’hydrothérapie du côlon part du principe que notre corps accumule de façon nocive des déchets dans les intestins (« autointoxication »), et qu’un lavement pourra venir purifier l’organisme.

Une séance d’hydrothérapie du côlon consiste à injecter, par le rectum, jusqu’à 3 litres d’eau à 37° dans le côlon (a), avant qu’un thérapeute sans formation médicale masse l’abdomen, puis aspire l’eau souillée. Montrer au participant le mélange résultant du lavage est un moyen utilisé pour suggérer l’efficacité de cette technique. Une séance coûte en moyenne 80 €, dure de 30 à 45 minutes et peut être renouvelée 3 jours d’affilée (2) , ou une à deux fois par semaine (dans des thérapies à long terme) (3) .

L’hydrothérapie du côlon est proposée en général par des cabinets de naturopathie ou des centres de « bien-être » pour traiter les troubles gastro-intestinaux, les insomnies, les allergies, l’obésité, la migraine, pour éliminer les toxines, pour prendre en charge différentes pathologies chroniques.

Si les lavements sont enseignés à l’université (sous le nom d’irrigation colique) pour traiter les constipations sévères et l’incontinence anale chronique de l’adulte, ou avant un examen ou une chirurgie, il n’existe en revanche pas de formation spécifique à l’hydrothérapie du côlon (b).

En ce qui concerne son efficacité, le principe d’autointoxication n’a aucun sens : le corps humain est tout à fait capable d’éliminer les déchets produits par l’organisme au travers de processus physiologiques divers, gérés par différents organes (reins, foie, poumons, peau, etc.)1. En outre, montrer au patient le résultat du lavage qui apparait teinté est un leurre, laissant penser que les « toxines » sont visibles à l’œil nu, ce qui jette un doute quant à la bonne foi de cette pratique.
Il n’existe aucune preuve clinique fiable que l’hydrothérapie du côlon procure un quelconque bénéfice (4). Une synthèse de la littérature de 2010 vient, en plus de confirmer cela, préciser qu’il existe de nombreux cas rapportés d’effets indésirables d’hydrothérapie du colon : perforation du colon, hyponatrémie aiguë, déséquilibre électrolytique, colite, voire septicémie (5) .

Pour résumer, l’hydrothérapie du côlon est une pratique de soin non conventionnelle sans efficacité prouvée, et pouvant avoir des effets indésirables graves.

Collectif FakeMed

a- Parfois agrémentée d’extraits de plante, de café, d’enzymes, etc.
b- Il existe à l’Université Bordeaux 2 un DU Pratique des soins en Hydrothérapie, à visée thermale.
1 –  www.fakemed.org/2019/01/fakedex-naturopathie.html
2 – Tel que proposé ici : http://www.centre-sophrene.fr/infocentre/colon-le-deroulement-de-la-consultation/
3 –  Hertel O. « L’hydrothérapie du côlon : un remède sans fondement », Sciences & Avenir, 2011 ; 768.
4 – Singh S. et Ernst E. « Hydrothérapie du côlon » in « Médecines douces, info ou intox ? », Cassini 2014.

FAKEDEX – Microkinésithérapie

La microkinésithérapie est une technique de soins manuels inventée dans les années 1980 par deux kinésithérapeutes français, Patrice Benini et Daniel Grosjean. Microkinésithérapie est une marque déposée par ces derniers (1). La microkinésithérapie se fonde sur des manipulations manuelles légères (« micropalpations ») censées stimuler des « mécanismes d’autocorrection » afin de guérir des tissus marqués par des agressions, qu’elles soient « physique, virales ou émotionnelles » (2) . Cette invention est décrite comme s’inspirant des rebouteux, du shiatsu, de l’ostéopathie, de l’homéopathie, entre autres (3).
Une séance de microkinésithérapie dure entre 30 et 45 minutes pour un coût autour de 50€. Un symptôme est censé être soigné entre une et trois séances (4).  En France en mai 2019, nous pouvons comptabilisons autour de 400 praticiens de microkinésithérapie (5) . La formation en microkinésithérapie est dispensée par le Centre de formation à la microkinésithérapie, sur 45 heures de cours et un jour de stage, réservée aux masseurs-kinésithérapeutes, pour un peu moins de 2 000 €  (6).

Concernant ses principes théoriques, ils paraissent à ce jour irrationnels car non-fondés sur des preuves, comprenant dans le corpus de la discipline de nombreux « interstices pseudo-scientifiques » (7) .
S’il est à noter que les acteurs de la microkinésithérapie ont, dès son invention, cherché à étudier son efficacité et à publier à ce sujet, peu de résultat semblent fiables. Ainsi, une étude sur l’usage de la microkinésithérapie dans le traitement du côlon irritable, réalisée en double aveugle, semble montrer une certaine efficacité, mais avec un nombre relativement faible de participants (8) . Une autre étude sur l’impact de la microkinésithérapie dans la prise en charge des cervicalgies post-traumatique, réalisée en double aveugle, montre une certaine efficacité dans la diminution des douleurs et l’amélioration des capacités de flexion-extension (9) . Dans cet exemple, l’échantillon est relativement faible, et les conditions de réalisation des actes dans le groupe placebo posent question (difficultés à comparer « micropalpation » et faire semblant , du fait de l’inconsistance de cet acte).
Par conséquent, et sur la base do code de déontologie de la profession (10), le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes ne reconnait pas cette pratique, qui n’a de surcroit aucune reconnaissance légale. Le CNOMK a décidé de se montrer réservé par rapport à cette pratique de soin non conventionnelle faisant appel à des éléments physiopathologiques non démontrés (11).

En conclusion, s’il faut reconnaître à ces acteurs d’avoir fait les efforts nécessaires pour étudier l’efficacité de sa pratique, la microkinésithérapie se doit d’obtenir plus de résultats sur des études reproductibles et fiables.

Collectif FakeMed

1 –   Recherche effectuée sur la base de données de l’Institut national de la propriété industrielle, www.bases-marques.inpi.fr le 11 mai 2019.
2 –   ESEM France « La micro-kinésithérapie, une discipline montante », consulté sur www.esemfrance.fr le 13 mai 2019.
3 –  « Microkinésithérapie, Bases scientifiques », consulté sur www.microkinesitherpaie.fr le 13 mai 2019.
4 –  « Microkinésithérapie, Questions fréquentes », consulté sur www.microkinesitherapie.fr le 13 mai 2019.
5 – Décomptés sur l’annuaire des praticiens de microkinésithérapie, consulté sur www.microkinesitherapie.fr le 13 mai 2019.
6 –  « Microkinésithérapie, Formations », consulté sur le site www.microkinesitherapie.fr le 13 mai 2019.
 7 – Rival T « Une méthodologie d’approche des pratiques non conventionnelles : application par l’analyse critique de la microkinésithérapie », Rappor de recherche en vue de l’obtention du diplôme d’état de masseur-kinésithérapeute 2012, Grenoble : 114 pages.
8 –  Grosjean D et coll. « Managing irritable bowel syndrome : the impact of microphysiotherapy », J Complent Integr Med 2017 ; 14 (2). Grosjean, D., Benini, P., & Carayon, P. (2017). Managing irritable bowel syndrome: The impact of micro-physiotherapy. Journal of Complementary and Integrative Medicine, 14(2). doi:10.1515/jcim-2015-0044.
 9 – Baconnier P et coll. « Evaluation of the clinical effectiveness of microkinesitherapy in post-traumatic cervicalgia. A randomized, double-blinded clinical trial », MTP& Rehab Journal 2016 ; 14 : 385.
10 –  Article R 4321-87 du Code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes.
11 –  Avis du Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes du 20 et 21 mars 2013 relatif à la « microkinésithérapie ».

FAKEDEX – Hydrotomie percutanée

L’hydrotomie percutanée a été inventée dans les années 1980, s’appuyant notamment sur la mésothérapie, la technique de Klein, l’oligothérapie fonctionnelle et l’hypodermoclyse (1) . Elle consiste en l’injection sous-cutanée de grandes quantités de solution saline physiologique, accompagnés ou non de solutions diluées d’EDTA (acide éthylène diamine tétra-acétique), de vitamines,  d’anti-inflammatoires, d’anesthésiques, de vasodilatateurs, ou de « vaccins non-spécifiques » (2)
Les formations en hydrotomie percutanée sont assurées par la Société internationale d’hydrotomie percutanée (SIHP), sur 3 à 4 jours (un jour de cours théorique, 2 à 3 jours de pratique/observation), et sont ouvertes aux médecins et aux infirmiers. 
Actuellement, en France, il existe plus de 300 praticiens formés à cette technique.

Théoriquement, cette technique s’appuie sur les travaux de René Quinton datant du début du siècle (3) , sur les travaux de mésothérapie (4), sur les techniques de réhydratation des personnes âgées, sur les théories infinitésimales que l’on retrouve dans l’homéopathie, sur les principes de l’acupuncture (5) . La Société internationale d’hydrotomie percutanée présente comme références ou travaux scientifiques essentiellement des mémoires et des compte-rendu de conférences, mais peu de publications dans des revues à comité de relectures (6) .

Concernant son efficacité, l’hydrotomie percutanée montre des résultats dans la limitation de la déshydratation des personnes âgées (7) , mais pas dans son traitement (8), et de manière à peu près équivalente à l’injection intraveineuse (9) . Dans le traitement de l’arthrite du genou, après deux ans de traitements, elle présente une efficacité sur la croissance du cartilage (mais pas sur la douleur) à condition de contenir des glucocorticoïdes (10). Il n’existe aucune preuve de l’efficacité de l’hydrotomie percutanée dans toutes les autres pathologies et symptômes censés être traités par cette technique. Aucun effet indésirable ne semble avoir été rapporté.

Il est à noter que l’utilisation du plasma de Quinton, souvent prônée dans l’hydrotomie percutanée, ne bénéficie pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour injection depuis le début des années 1980.

1 –  « Historique et concepts actuels en hydrotomie percutanée », consulté sur www.hydrotomiepercutanee.com le 24/04/2019
2 –  « Les techniques », consulté sur www.hydrotomiepercutanee.com le 24/04/2019.
3 – Quinton R. « L’eau de mer en milieu organique », Editions Masson, Paris 1904 : 466 pages.
4 – Pistor M. « Les micro-injections de la mésothérapie », Editions Maloine, Paris 1970 : 256 pages.
5 –  Interview de Bernard Guez (inventeur de l’hydrotomie percutanée), consultée sur www.prevention-sante.eu le 29/04/2019.
 6 – « Références bibliographiques », consulté sur www.hydrotomiepercutanee.com le 29/04/2019.
7 –  Rochon PA et coll. « A systematic review of the evidence for hypodermoclysis to treat dehydration in older people”, J Gerontol A Biol Sci Med Sci 1997 ; 42 (3) : 169-176.
8 –  Ferry M et coll. « Comparison of subcutaneous and intravenous administration of a solution of amino acids in older patients”, J Am Geriatr Soc 1997 ; 45 (7) : 857-860.
9 –  Lipschitz S et coll. « Subcutaneous fluid administration in elderly subjects : validation of an under-used technique”, J Am Geriatr Soc 1991 ; 39 (1) : 6-9.
 10 –  McAlindon TE et coll. « Effects of intra-articular Triamcinolone vs saline of knee cartilage volume and pain in patients with knee osteoarthritis : a randomized clinical trial”, JAMA 2017 ; 317 (19) : 1967-1975.