FAKEMED-O-MÈTRE 2021

Le Fakemed-o-mètre est une évaluation de la perméabilité des universités aux pratiques de soins non conventionnelles.

Initialement construit en 2018, par les membres du Collectif No Fakemed, nous venons de le remettre à jour afin de réévaluer, après l’arrêt du remboursement de l’homéopathie, mais surtout après cette période de crise sanitaire, la perméabilité des universités françaises aux pratiques de soins non conventionnelles

La raison de ce travail est qu’en 2021, il nous apparait affligeant que des universités, portail du savoir en France, proposent encore des formations pour des pratiques n’ayant jamais fait preuve de leur efficacité.

MÉTHODOLOGIE

Les points ont été attribués aux différentes universités selon quatre catégories, et de la manière suivante :

  • Formations 

            Les diplômes interuniversitaires (DIU) et les diplômes d’études supérieures universitaires comptent chacun 4 points.

            Les diplômes universitaires (DU) comptent 3 points.

            Toutes les autres formations comptent 2 points.

  • Consultations en CHU (Centres hospitaliers universitaires)

            Toute consultation mettant en valeur des pratiques de soins non conventionnelles (PSNC) ajoute 1 point à l’université à laquelle est rattaché le CHU.

             + 5 points pour les universités parisiennes en raison de l’offre pléthorique de l’AP-HP (cf sources)

  • Direction des universités

            Dans cette partie, des points ont été attribués aux prises de position publiques du doyen ou de l’université. Deux universités ont obtenu des points :

        + 5 pour l’université Aix-Marseille en raison des prises de position de l’IHU Méditerranée Infection et de son directeur tout au cours de la pandémie de Sars-Cov-2 pour la promotion de thérapeutiques non éprouvées, ainsi que les tribunes offertes lors des cours (de surcroit disponible sur une plateforme vidéo) à des intervenants foulant aux pieds les données acquises de la science

        + 3 pour l’université de Côte d’Azur dont le doyen participe à la promotion de l’Observatoire des médecines complémentaires et non conventionnelles (OMCNC).

  • Partenariat

            Tout partenariat avec une structure faisant la promotion voire le commerce de pratiques de soins non conventionnelles ajoute 3 points.

  • Ajout de Point bonus

            L’université de Montpellier-Nîmes propose, au milieu de DIU discutables, un DU Emprise sectaire, qui nous apparait primordial, et encore davantage après lecture du dernier rapport de la Miviludes signalant une hausse des dérives sectaires dont la porte d’entrée correspond au secteur de la santé.

RÉSULTATS

L’observation des différentes universités françaises nous a permis de compter ces différents points afin de classer les universités. Les universités de santé les plus vertueuses sont les suivantes :

A l’autre extrémité, les universités de santé les plus perméables aux pseudosciences sont les suivantes :

Il est à noter que, l’université de Strasbourg compte un seul campus tandis que les universités de Paris et de Lyon regroupent plusieurs campus.

CLASSEMENT COMPLET

Le classement complet allant des universités les plus vertueuses à celles les plus perméables aux pseudosciences est, selon notre décompte, le suivant :

Tableau 3 : Classement Fakemed-o-mètre des universités de la plus vertueuse à la plus perméable aux pseudosciences

Ce classement a vocation à s’adapter aux changements et décisions des différentes universités de santé.

Quelques remarques

Nous constatons

  • qu’une approche critique apparait dans certains programmes, mais souvent comme un simple faire-valoir noyé sous un enseignement plus ésotérique que scientifique.
  • que les consultations des CHU proposant des pseudothérapies concernent le plus souvent l’obstétrique, et les femmes de manière générale. Nous invitons les chefferies de service de ces centres à considérer que les femmes doivent être soignées comme tout le monde, selon les données acquises de la science.

EN CONCLUSION

Si les choses ont évolué depuis 2018, il est désolant de voir que les universités ne se fondent pas toutes sur les données acquises de la science, avant de proposer des formations, des consultations dans les structures de formation que sont les centres hospitaliers universitaires (CHU), de mettre en place des partenariats, de prendre la parole auprès du grand public.

EN DÉTAIL…

ClassementUniversité  Points totauxPoints FormationsPoints CHUPartenariat/promotionDirection
1Strasbourg20 17 points
DU médecine, méditation et neurosciences
DU Prise en charge soignants/soignés et sophrologie DU acupuncture obstétricale
4 formations en médecine anthroposophique
3 points
aromathérapie homéopathie et imagerie de la femme
Homéopathie et acupuncture obstétricale
Acupuncture antalgique
0 point0 point
2Université de Paris1813 points
DU ostéopathie en périnatalité
DU approche psychanalytique du corps
DU clinique psychanalytique kleinienne
DIU phytothérapie, aromathérapie
5 points (cf méthodologie)0 point0 point
Lyon1815 points
DIU acupuncture scientifique
DU méditation pleine conscience et compassion : approche intégrative en santé
DIU thérapeutiqu homéopathique
DIU mésothérapie
0 point3 points
Amphithéâtre Boiron
0 point
4Montpellier-Nîmes1714 points
DU Sensibilisation à la sophrologie médicale
DU méditation et santé
DIU acupuncture obstétricale
DIU acupuncture médicale 
1 point
acupuncture obstétricale
3 points
iHomeopath et CHU Montpellier
0 point
Sorbonne1712 points
DU pratiqes corps-esprit en médecine traditionnelle chinoise
DU Méditation, gestion du stress et relation de soin
DIU Médecine chinoise
DIU Mésothérapie
5 points (cf méthodologie)0 point0 point
6Aix-Marseille159 points
CU sophrologie
DESU phytothérapie aromathérapie homéopathie
DU thérapeutique homéopathique
1 point
mésothérapie en médecine physique et réadaptation
0 point5 points (cf méthodologie)
7UPEC116 points
DU Taï-chi thérapeutique
DU douleurs chroniques et posturologie
5 points (cf méthodologie)0 point0 point
8Limoges1010 points
DIU conseil en phytothérapie et aromathérapie
DU homéopathie et thérapeutique homéopathique
DU thérapie complémentaire
0 point0 point0 point
Rouen1010 points
DU homéopathie
DU initiation acupunctue
DIU acupuncture obstétricale
0 point0 point0 point
10Côte d’azur96 points
DU méditation, relaxation thérapeutique et soins
DU notions et concepts fondamentaux en psychanalyse
0 point0 point3 points (cf méthodologie)
Nantes98 points
DIU acupuncture obstétricale
DIU initiation acupuncture médicale
1 point
acupuncture et ostéopathie antalgiques
0 point0 point
12Grenoble Alpes86 points
DU thérapies complémentaires
DU aromathérapie chronique
2 points
acupuncture obstétricale
acupuncture antalgique
0 point0 point
13Bordeaux63 points
DU pratiques de soins en hydrothérapie
0 point3 points
Aqui O Thermes
0 point
Dijon66 points
DU aromathérapie
DU mésothérapie
0 point0 point0 point
15Poitiers54 points
DIU thérapeutique homéopathique
1 point
homéopathie, sophrologie, acupuncture antalgiques
0 point0 point
Toulouse54 points
DIU conseils en aromathérapie et phytothérapie
1 point
Méditation pleine consience et Parkinson
0 point0 point
Paris Saclay50 point5 points (cf méthodologie)0 point0 point
18Clermont-Ferrand44 points
DIU mésothérapie
0 point0 point0 point
Reims44 points
DIU thérapeutique homéopathique
0 point0 point0 point
Tours44 points
DIU phytothérapie et aromathérapie
0 point0 point0 point
21Besançon33 points
DU phytothérapie et aromathérapie
0 point0 point0 point
Brest33 points
DU thérapeutique homéopathique
0 point0 point0 point
La Réunion33 points
DU Méditation et relation de soins
0 point0 point0 point
Lille 234 points
DIU acupuncture obstétricale
0 point0 point0 point
Polynésie française32 points
Formation aromathérapie
1 point
tradipraticien en oncologie thoracique
0 point0 point
26Rennes20 point2 points
acupuncture antalgique
mésothérapie en pédiatrie antalgique
0 point0 point
27Picardie10 point1 point
consultation SF tabacologie homéopathie, acupuncture
0 point0 point
Caen10 point1 point
acupuncture obstétricale
0 point0 point
Lorraine10 point1 point
acupuncture obstétricale
0 point0 point
30Angers00 point0 point0 point0 point
Lille Catho00 point0 point0 point0 point
Saint-Etienne00 point0 point0 point0 point
Tableau 4 : récapitulatif des points acquis, répartis selon les catégories

SOURCES

Consultables sur https://docs.google.com/document/d/1B59VoS8s6v7OtDiogirVG8o9TlB9o5R7nvFsYwJx0iY/edit?usp=sharing

Collectif No FakeMed 12 août 2021

Communiqué de presse du 28 mars 2018 : propostions

Débat houleux sur les pratiques alternatives
Le collectif #FakeMed avance des propositions

Communiqué de presse 28 mars 2018

Suite à l’importante mobilisation médiatique et populaire que notre initiative a suscitée, nous nous félicitons des diverses avancées allant dans le sens de nos propositions :

  1. La première est la publication par la Direction de l’information légale et administrative (Premier ministre) d’une mise en garde vis à vis des pratiques de soins non conventionnelles, précisant leurs différences avec la médecine conventionnelle et notamment leur absence de validation scientifique ainsi que leur dangerosité potentielle.
  2. La deuxième est l’intervention du Conseil National de l’Ordre des Médecins demandant aux autorités scientifiques (Académie Nationale de Médecine) et politiques (HAS – ANSM – Ministère de la Santé) de statuer sur la pertinence scientifique de ces pratiques non-conventionnelles.

Nous espérons également une prise de position des Facultés de Médecine en raison de leur place fondamentale dans la formation des professionnels de santé.

Partageant la même exigence de rigueur scientifique, nous nous étonnons de la reconnaissance de pratiques non-conventionnelles par la validation de divers diplômes au sein de certaines d’entre elles, ceci en dépit des conclusions de la Conférence européenne des Académies des sciences publiées en France par l’Académie des sciences et reprenant les conclusions de l’Académie nationale de médecine de 2004.

La délivrance de ces diplômes semble aller à l’encontre des conclusions des études publiées dans des revues médicales qu’elles reconnaissent pourtant comme une source de connaissances scientifiques de haut niveau.

Nous proposons donc de transférer l’enveloppe allouée actuellement au remboursement de pratiques non validées scientifiquement, dont les 56 millions d’euros d’homéopathie, vers des soins à l’efficacité connue et des mesures d’éducation sanitaire, de prévention, et valorisant le temps soignant, comme par exemple les consultations de diététique ou de psychologie clinique, permettant de diminuer les prescriptions médicamenteuses.

Convaincus que l’irruption des pratiques non conventionnelles dans le champ de la santé concerne tous les professionnels que sont les médecins, chirurgiens-dentistes, diététiciens, ergothérapeutes, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, orthoptistes, pédicures podologues, pharmaciens, psychomotriciens, sages-femmes, nous souhaitons rassembler nos compétences pour promouvoir, ensemble, des pratiques fondées sur des preuves et permettre à la population de bénéficier de soins prodigués par des professionnels rigoureusement formés dans le respect des données de la science.

Notre mot d’ordre s’inscrit dans une démarche de responsabilisation et de renforcement des connaissances des patients, dans une meilleure distribution des rôles entre les professionnels de santé.

Le collectif #FakeMed regroupe les signataire de la tribune du 19 mars 2017 Au 25 mars 2018 cette tribune a récolté plus de 1300 signatures dont 676 médecins, 70 pharmaciens, 42 masseurs-kinésithérapeutes, 5 chirurgiens dentistes, 4 sages-femmes et 71 soignants d’autres disciplines, ainsi que 135 enseignants ou chercheurs, 130 représentants de disciplines en lien avec l’ingénierie ou l’informatique, 9 biologistes, et 160 soutiens issus de nombreuses autres activités et qui se sentent concernés.

Contact Presse : 

Mail : contact@fakemed.org
Site dédié : http://www.Fakemed.org

version PDF ici

1 – https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A12483
2 – https://www.conseil-national.medecin.fr/node/2689
3-  http://www.academie-sciences.fr/pdf/communique/easac_290917.pdf

Comment agir contre les Fake Médecines ?

Le serment d’Hippocrate est l’un des plus anciens engagements éthiques connus. Il exige du médecin d’offrir les meilleurs soins possibles et de la façon la plus honnête.

Ces deux exigences lui imposent de chercher sans cesse à améliorer ses connaissances, et d’informer ceux qui font appel à ses soins sur ce qu’il peut raisonnablement proposer, ainsi que sur ce qui est inutile ou contre-indiqué.

Il est facile et valorisant d’afficher son savoir. Il est bien plus difficile d’expliquer et d’accepter ses limites. La tentation peut alors être grande de pratiquer des soins sans aucun fondement scientifique.
Cette tentation a toujours existé. Elle a été, et est toujours, nourrie par des charlatans en tout genre qui recherchent la caution morale du titre de médecin pour faire la promotion de fausses thérapies à l’efficacité illusoire.

L’obligation d’honnêteté est inscrite dans les Codes de déontologie des professions médicales et le Code de la Santé Publique (article 39 du code de déontologie, article R.4127-39 du code de la Santé Publique) :

  • Ils interdisent le charlatanisme et la tromperie, imposent de ne prescrire et distribuer que des traitements éprouvés. Ils proscrivent aussi l’usage de remèdes secrets ou ne mentionnant pas clairement les substances qu’ils contiennent.
  • Le Conseil de l’Ordre des Médecins est chargé de veiller à ce que ses membres n’utilisent pas leur titre pour promouvoir des pratiques dont la science n’a jamais pu prouver l’utilité, voire qui présentent une certaine dangerosité. Il doit veiller à ce que les médecins ne deviennent pas les représentants de commerce d’industries peu scrupuleuses. Il doit sanctionner ceux ayant perdu de vue l’éthique de leur exercice.


Pourtant en 2018, l’Ordre des Médecins tolère des pratiques en désaccord avec son propre code de déontologie et les pouvoirs publics organisent voire participent au financement de certaines de ces pratiques.

Face à des pratiques de plus en plus nombreuses et ésotériques, et à la défiance grandissante du public vis-à-vis de la médecine scientifique, nous nous devions de réagir avec force et vigueur.

L’homéopathie, comme les autres pratiques qualifiées de « médecines alternatives », n’est en rien scientifique. Ces pratiques sont basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse et sans risques. En septembre 2017, le Conseil scientifique des Académies des Sciences Européennes a publié un rapport confirmant l’absence de preuves de l’efficacité de l’homéopathie. Dans la plupart des pays développés, les médecins se voient interdire de prescrire des produits homéopathiques.

Les thérapies dites « alternatives » sont inefficaces au-delà de l’effet placebo, et n’en sont pas moins dangereuses.

  • Dangereuses, car elles soignent l’inutile en surmédicalisant la population et en donnant l’illusion que toute situation peut se régler avec un « traitement».
  • Dangereuses, car elles alimentent et s’appuient sur une défiance de fond vis-à-vis de la médecine conventionnelle comme le montrent les polémiques injustifiées sur les vaccins.
  • Dangereuses enfin, car leur usage retarde des diagnostics et des traitements nécessaires avec parfois des conséquences dramatiques, notamment dans la prise en charge de pathologies lourdes comme les cancers.

Ces pratiques sont également coûteuses pour les finances publiques.

  • Des formations sont assurées dans des structures recevant de l’argent public. Des consultations sont ouvertes dans des hôpitaux, aux dépens d’autres services. Certains de ces traitements sont pris en charge par l’assurance maladie largement déficitaire.
  • Ainsi, les produits homéopathiques peuvent être remboursés à 30 % (et jusqu’à 90 % en Alsace-Moselle) avec un statut dérogatoire les dispensant de prouver leur efficacité.
  • Ceci finance une industrie prospère dont les représentants n’hésitent pas à insulter gravement ceux qui les critiquent (« Il y a un Ku Klux Klan contre l’homéopathie » accusait le président du leader mondial du secteur, Christian Boiron, dans le journal Le Progrès du 15 juillet 2016) ou à balayer d’un revers de main les exigences de preuves scientifiques.

De ces pratiques qui ne sont ni scientifiques, ni éthiques, mais bien irrationnelles et dangereuses, nous souhaitons nous désolidariser totalement.

Nous demandons instamment au Conseil de l’Ordre des Médecins et aux pouvoirs publics de tout mettre en oeuvre pour :

  • Ne plus autoriser à faire état de leur titre les médecins ou professionnels de santé qui continuent à les promouvoir.
  • Ne plus reconnaître d’une quelconque manière les diplômes d’homéopathie, de mésothérapie ou d’acupuncture comme des diplômes ou qualifications médicales.
  • Ne plus faire produire en Faculté de Médecine ou dans les établissements de formation de santé, des diplômes appuyés sur des pratiques dont l’efficacité n’aura pas été scientifiquement démontrée.
  • Ne plus rembourser par les cotisations sociales les soins, médicaments ou traitements issus de disciplines refusant leur évaluation scientifique rigoureuse.
  • Encourager les démarches d’information sur la nature des thérapies alternatives, leurs effets délétères, et leur efficacité réelle.
  • Exiger de l’ensemble des soignants qu’ils respectent la déontologie de leur profession, en refusant de donner des traitements inutiles ou inefficaces, en proposant des soins en accord avec les recommandations des sociétés savantes et les données les plus récentes de la science, en faisant preuve de pédagogie et d’honnêteté envers leurs patients et en proposant une écoute bienveillante.

FAKEDEX – Hypnothérapie

L’hypnothérapie correspond à la pratique de l’hypnose dans des buts thérapeutiques. Elle est utilisée pour la prise en charge de la douleur, de l’anesthésie, des addictions, ou au cours de psychothérapies. L’hypnose conduit à induire, par la parole et des moyens de suggestion, un état de conscience modifié dit « hypnotique », caractérisé par une indifférence au monde extérieur et par une suggestibilité accrue.
 
En 2019, l’hypnothérapie n’est pas réglementée, pouvant être pratiquée aussi bien par un professionnel de santé que par toute autre personne. Le fonctionnement neurophysiologique de l’hypnose continue d’être étudié, afin de déterminer précisément le phénomène qui en découle, même s’il est relativement bien compris [1].
 
Concernant l’aide à l’arrêt du tabac, le bénéfice est loin d’être prouvé et au mieux, il est très faible [2]L’hypnose semble pouvoir réduire l’utilisation globale de l’analgésie pendant le travail et l’accouchement, mais pas l’utilisation de la péridurale [3].  Le recours à l’hypnose lors d’un acte chirurgical, médical ou radiologique interventionnel permet de diminuer la consommation de sédatifs et/ou d’antalgiques au cours de l’acte [4]L’hypnothérapie semble apporter un bénéfice dans la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable [5]Accompagnée d’une anesthésie locale et d’une sédation consciente lors d’un acte chirurgical, l’hypnose semble améliorer le confort périopératoire et postopératoire pour le patient et l’opérateur [6]Dans la gestion du stress, le bénéfice de l’hypnose n’est pas évident [7]Concernant la prise en charge des troubles de l’anxiété et des phobies, les preuves d’efficacité de l’hypnose sont négatives ou insuffisantes [8]L’hypnose semble présenter une certaine efficacité dans la diminution des nausées et vomissement chez les enfants suivant une chimiothérapie. La preuve n’est pas aussi évidente chez les adultes [9]. Toujours chez les enfants, il est admis que la crainte et la douleur de l’aiguille peut être diminuée par l’hypnose ou des techniques de distraction (détournement de l’attention) [10]Dans la prise en charge des pathologies psychosomatiques, l’hypnose semble aussi avoir une certaine efficacité [11]L’efficacité de l’hypnose est modérée dans la prise en charge des douleurs chroniques [12].
 
Nous pouvons constater que l’hypnose est parfois utile pour accompagner certaines prises en charge. Cependant, cette prise en charge hypnothérapeutique doit impérativement être réalisée par un professionnel de la santé. Il est satisfaisant de constater l’ampleur de la recherche dans ce domaine, avec des articles de qualité.

[1] Terhune DB et coll. « Hypnosis and top-down regulation of consciousness”, Neuroscience & Biobehavioral Reviews 2017 ; 81 : 59-74.[2] Barnes J et coll. « Hypnotherapy for smoking cessation”, Cochrane Database of Systematic Review 2010 ; 10 : CD001008.

[3] Madden K et coll. « Hypnosis for pain management during labour and childbirth », Cochrane Database of Systematic Reviews 2016 ; 5 : CD009356.
[4] Gueguen J et coll. « Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose », Inserm 2015 : 213 pages.
[5] Webb AN et coll. « Hypnotherapy for treatment of irritable bowel syndrome », Cochrane Database of Systematic Review 2007 ; 4 : CD005110.
[6] Vanhaudenhuyse A et coll. « Neurophysiology of hypnosis », Neurophysiol Clin 2014 ; 44 (4) : 343-353.
[7] Fisch S et coll. « Hypnosis in patients with perceived stress – a systematic review », BMC Complement Altern Med 2017 ; 17 (1) : 323.
[8]Pelissolo A. « L’hypnose dans les troubles anxieux et phobiques : revue des études cliniques », Presse Med 2016 ; 45 (3) : 284-290.
[9] Richardson J et coll. « Hypnosis for nausea and vomiting in cancer chemotherapy :  a systematic review of the research evidence”, European journal of Cancer Care 2007 ; 16 (5) : 402-412.
[10] Birnie KA et coll. « Systematic review and meta-analysis of distraction and hypnosis for needle-related pain and distress in children and adolescents”, Journal of Pediatric Psychology 2014 ; 39 (8) : 783-808.
[11] Flammer E et Alladin A « The efficacy of hypnotherapy in the treatment of psychosomatic disorders : meta-analytical evidence”, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis 2007 ; 55 (3) : 251-274.
[12] Adachi T et coll. « Meta-analysis of hypnosis for chronic pain problems : a comparison between hypnosis, standard care, and other psychological interventions”, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis 2013 ; 62 (1) : 1-28.

FAKEDEX – EMDR

L’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR), ou integration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires en français, a été inventé à la fin des années 1980 par Francine Shapiro, psychologue au Mental Research Institute de Palo Alto, essentiellement pour prendre en charge les syndromes de stress post-traumatique (SSPT) des vétérans du Vietnam.

L’EMDR se fonde sur le déblocage des mécanismes naturels de traitement de l’information afin de pouvoir traiter des traumatismes (1). C’est un modèle de traitement accéléré de l’information, utilisant des mouvements oculaires rapides, ou tout autre détournement du processus attentionnel (2).

L’EMDR demande des séances préalables à sa réalisation afin de définir si ce traitement est le plus adapté, d’aider le participant à raconter le ou les événements traumatisants et à en revivre les sensations. Cela permet de définir l’intensité du stress causé, et d’adapter un plan de traitement. La désensibilisation consiste ensuite à fixer mentalement les éléments traumatisants ou anxiogènes tout en suivant simultanément avec les yeux les doigts du thérapeute ou un point lumineux passant alternativement de gauche à droite. Le participant est alors encouragé à développer des associations mentales, avant de chercher à associer une idée positive, jusqu’à diminution satisfaisante de l’angoisse. L’étape de désensibilisation est réalisée ensuite sur plusieurs séances.

L’EMDR est enseigné en France dans des instituts privés ou lors de DU à l’Université de Lorraine.

Lors d’études relevées par son inventrice, avec un suivi sur 5 ans, 85 % des patients souffrant de SSPT peuvent être traités en 3 séances de 90 minutes (3).

Selon des synthèses Cochrane, l’EMDR est efficace dans la prise en charge du SSPT chez l’adulte -(4), mais n’autorisent pas de conclusion chez l’enfant et l’adolescent (5).

Une synthèse de l’INSERM datant de 2015 aboutit aux mêmes conclusions, étant donné qu’elle se fonde sur les deux synthèses Cochrane déjà citées (6).

Selon l’OMS, lors d’une synthèse publiée en 2013, l’EMDR peut être recommandée dans la prise en charge du SSPT chez les adultes (niveau de preuve acceptable) et chez les enfants et les adolescents (niveau de preuve faible) (7).

Il n’existe pas à ce jour de preuves de l’efficacité de l’EMDR sur d’autres pathologies que le SSPT, hormis quand ces pathologies sont associées au SSPT.

Selon l’HAS, l’EMDR est contre-indiquée chez les patients présentant une pathologie psychotique (8).

Références :
1 –  Plaquette EMDR France, Janvier 2011, 2 pages.
2 –  Masson J. « L’outil EMDR en alcoologie : réflexions théoriques et cliniques », Psychothérapies 2005 ; 2(25) : 117-123.
3 – Shapiro F. « EMDR as an integrative psychotherapy approach. Experts of diverses orientations explore the paradigm prism », American Psychological Association 2002, Washington.
4 –  Sin J. et coll. « Psychological interventions for post-traumatic stress disorder (PTSD) in people with severe mental illness”, Cochrane Database of Systematic Reviews 2017 ; 1 : CD011464.
5 – Gillies D. « Psychological therapies for children and adolescents exposed to trauma », Cochrane Database of Systematic Reviews 2016 ; 10 : CD012371.
6 – Gueguen J. « Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose », Inserm 2015 : 213 pages.
7 – World Health Organization « Guidelines for the management of conditions specifically related to stress », WHO 2013, Genève.
8 – HAS « Affections psychiatriques de longue durée. Troubles anxieux graves. », HAS 2007 : 36 pages.

FAKEDEX – Olfactothérapie

L’olfactothérapie est une pratique de soin non-conventionnelle créée – et le nom déposé – en 1992 par Gilles Fournil. Cette discipline se fonde sur les « odeurs et les vibrations des huiles essentielles » (1). Elle cherche à travailler sur la mémoire des odeurs, et ainsi traiter les « nœuds du passé » (2). L’olfactothérapie est ainsi préconisée pour traiter les addictions, des pathologies psychologiques (boulimie, phobies, etc.).

L’olfactothérapie prétend agir sur le « rhinencéphale, sans passer par le diencéphale »1. Les huiles essentielles utilisées sont censées « réguler le plan psycho-énergétique et rééquilibrer les corps subtils et les 7 principaux chakras »(1).
Derrière ce charabia, on ne retrouve aucune raisonnement physique, anatomique, chimique ni physiologique. Il n’existe à ce jour aucune publication dans des revues scientifiques (3) .

Une consultation d’olfactothérapie se déroule sur une séance d’environ 45 minutes à une heure, en position allongée. Durant ce temps, il n’est pas spécifiquement recherché d’allergie ou de contre-indication à l’exposition aux huiles essentielles qui seront utilisées pendant le reste de la séance. Des consultations à distance sont aussi proposées. Une séance coûte en moyenne 50 euros.

Il n’existe aucun cadre législatif encadrant l’enseignement ou la pratique de l’olfactothérapie. Les formations sont dispensées directement par Gilles Fournil et Elisabeth Molina. Le nombre d’olfactothérapeutes s’élèvent à plus de 150, selon l’annuaire des olfactothérapeutes.

Concernant son efficacité, on peut rapprocher cette discipline de l’aromathérapie. En l’absence de publications spécifiques, et étant donné que l’aromathérapie ne présente une efficacité qu’avec le massage aromathérapeutique, nous pouvons considérer que l’olfactothérapie n’a pas non plus d’efficacité au-delà de l’effet placebo.

Références :
1 –  http://www.feh.be/formations_olfactotherapie.htm
2 –  www.olfactotherapie.com
3 – Recherche sur www.ncbi.nlm.nih.gov effectuée le 13/11/2018

FAKEDEX – Auriculothérapie

L’auriculothérapie est une pratique de soin non-conventionnelle, inventée dans les années 1950 par le docteur Paul Nogier, médecin lyonnais, qui fait une analogie entre la forme de l’oreille externe et celle d’un fœtus inversé. Partant de cette ressemblance, il établit un lien entre l’oreille externe et la position de l’ensemble des organes dans le corps. Formé en acupuncture, Paul Nogier observe un parallèle entre les points chinois et une conductibilité électrique assez importante (1) . Pourtant, il décrit l’auriculothérapie en dehors de la théorie des méridiens (cf fiche FakeDex Acupuncture) mais en correspondance avec le schéma de l’organisme. Il écrit de nombreux ouvrages traitant d’auriculothérapie dans les années 1970 et 1980, mais seulement 5 articles dans des revues scientifiques, dont un seul traite d’auriculothérapie.

L’auriculothérapie, malgré un modèle théorique scientifiquement invalide (2) , est enseignée en France dans plusieurs universités lors de DIU d’auriculothérapie, ou bien lors de DIU d’acupuncture. Elle porte alors le nom d’auriculothérapie scientifique ou médicale. Elle peut aussi être pratiquée en dehors d’une formation médicale.

Une consultation d’auriculothérapie se déroule, après interrogatoire et examen clinique, avec une inspection visuelle et une palpation de l’oreille externe, puis une détection de la résistance de l’oreille. L’oreille est ensuite stimulée par des aiguilles d’acupuncture, des billes de pression, électrostimulation, stimulation fréquentielle, par massage auriculaire, des clous en titane implantés. L’auriculothérapie est préconisée pour traiter un grand nombre de pathologies, de phobies ou d’addictions.

Dès 1984, l’absence d’efficacité de l’auriculothérapie dans la prise en charge des douleurs chroniques a été démontrée (3) . En 1990, l’OMS s’est emparée du sujet afin de définir une nomenclature de l’auriculothérapie, dans le but d’étudier son efficacité . Une seule synthèse Cochrane, datant de 2006, traite de l’auriculothérapie : elle aboutit à démonter qu’il n’existe aucune preuve d’efficacité (4) dans la prise en charge de la dépendance à la cocaïne, quelle que soit la technique utilisée (5) . En 2013, à la suite d’une demande du ministère de la Santé, l’Inserm a cherché à évaluer l’efficacité de l’auriculothérapie . Il y apparait une absence d’efficacité de l’auriculothérapie dans le traitement des addictions, une efficacité dans l’anxiété préopératoire. Cette étude de l’Inserm n’a malheureusement retrouvé aucune donnée sur la supériorité de l’auriculothérapie (6) sur d’autres thérapeutiques s’appuyant sur des bases théoriques fiables. Les effets indésirables (malaise vagal, chondrite, hémorragies) sont courants, mais bénins. Il a été décrit des approches ésotériques et des dérives sectaires.

Références :

 1 – Halimi D., « L’auriculothérapie médicale : bases scientifiques, principes et stratégies thérapeutiques », 2017, Elsevier Health Sciences, Paris.
 2 – Bertaud M., « Vrai et faux placebo », Science et pseudo-sciences 2004, 264.
 3 – Melzack R; et Katz J., « Auriculotherapy fails to relieve chronic pain, a controlled crossover study », JAMA 1984 ; 251 : 1041-1043.
  4 – WHO, « Report of the working group on auricular acupuncture nomenclature », 1991, Lyon : 25 pages.
  5 – Gates S. et coll., « Auricular acupuncture for cocaine dependence », Cochrane Database of Systematic Reviews 2006, 1(CD005192).
  6 – Gueguen et coll., « Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’auriculothérapie », Inserm 2013 : 224 pages.

FAKEDEX – Chiropraxie

La chiropraxie est une discipline apparue à la fin de XIXème siècle dont l’objectif est de réaligner les vertèbres de la colonne vertébrale à l’aide de pressions manuelles. Aujourd’hui, la chiropratique intervient sur l’ensemble de l’appareil neuro-musculo-squelettique ou « tout autre tissu en rapport », à l’aide de mobilisations manuelles, instrumentales ou mécanisées (1).

Les fondateurs de la théorie chiropratique soutenaient qu’une mauvaise santé est due à des subluxations, c’est-à-dire un mauvais alignement des vertèbres, interférant avec le flux de ce qu’ils appellent l’intelligence innée. Il n’existe aujourd’hui aucune preuve d’un tel flux, ni d’un quelconque rôle vis-à-vis de la santé (2).

Les chiropracteurs sont en France estimés entre 450 et 700, formés sur un cycle d’études de 5 ans. En 2011, les chiropracteurs obtiennent l’autorisation de pratiquer des manipulations vertébrales sans avis médical (3).

Dans une prise en charge par un chiropracteur, après interrogatoire et recherche des antécédents médicaux, un examen complet du dos va être réalisé, complété par une observation de la posture et de la mobilité du patient, ainsi qu’une palpation des vertèbres.

Il n’existe à ce jour qu’un nombre limité d’études sur l’efficacité de la chiropratique. Pour les lombalgies, il n’existe aucune preuve de l’efficacité supérieure des interventions chiropratiques sur d’autres techniques concernant la diminution de la douleur ou de l’invalidité. (4).

Pour les lombalgies aiguës, la manipulation vertébral ne montre pas une efficacité supérieur à celle d’une manipulation placebo (5).

Dans les lombalgies sub-aiguës et les cervicalgies, l’efficacité de la chiropraxie n’apparaît pas supérieure à celle des autres traitement (6).

Si pour les douleurs cervicales, il semble y avoir une certaine efficacité des manipulations et mobilisations vertébrales. Il n’existe pas de preuves d’efficacité sur les autres indications (7).

Il est cependant déconseillé de consulter un chiropracteur fondamentaliste, c’est-à-dire croyant aux théories des subluxations et de l’intelligence innée et en la capacité des manipulations vertébrales à guérir l’ensemble des maladies. En effet, un chiropracteur fondamentaliste pourra proposer des traitements pour des affections respiratoires ou digestives, des problèmes gynécologiques ou gravidiques, des pathologies infectieuses ou parasitaires, des atteintes dermatologiques ou autres. Or, il n’existe pas de preuves d’efficacité de la chiropratique dans ces pathologies ou affections.

La chiropratique a beaucoup évolué et cherche à étudier et mettre en valeur son efficacité. Des démarches comme CADRE (Cervical assessment and diagnosis research evolution) a cherché à mettre en place des tests cliniques dans ce sens (8)(9)  . De même, nous considérons louable la participation au Global Spine Care Initiative qui cherche à étudier les modèles de prévention et de soins pouvant être mis en place dans la prise en charge des troubles de la colonne vertébrale. Cette initiative a mis en évidence l’efficacité des analgésiques et des orthèses dans la gestion de la douleur de la colonne vertébrale, accompagnée de mobilisation précoce, et surtout rappelé l’importance de l’exercice physique pour améliorer fonctionnalité et qualité de vie (10).

Concernant les effets indésirables, dans 30 % à 60 % des cas, il est constaté une aggravation des douleurs et des maux de tête. Il est aussi rapporté des complications graves, avec parfois un pronostic vital engagé, principalement dans le cas de manipulations cervicales, sous la forme d’accidents vasculaires vertébrobasilaires (11) . Les complications lors des manipulations des vertèbres cervicales sont rares, mais graves (6).

Les actes de chiropraxie sont parfois pris en charge par certaines complémentaires santé.

Collectif FakeMed

Références :

1 – Lemeunier N et coll., Fiche mémo en chiropraxie, 2017.
2 – Singh S. et Ernst E., Médecines douces Info ou intox ?, Cassini 2014.
3 – Décret n°2011-32 du 7 janvier, consultable sur legifrance.gouv.fr
4 – Xalker BF et coll. ‘Combined chriroptatic interventions for low-back pain » Cochrane database of systematic reviews 2010,4 : CD005427.
5 – Rubinsteine SM et coll. « Spinal manipulative therapy for acute low-back pain » Cochrane database of systematic reviews 2012,9 : CD008880.
6 – Barry C et coll. « Evaluation de l’efficacité de la pratique de la chiropratique » Inserm 2011 : 193 pages.
7 – Centre fédéral d’expertise des soins de santé, Etat des lieux de l’ostéopathie et de la chiropraxie en Belgique 2010, Synthèse de rapport, 34 pages.
8 –  Lemeunier N et coll. « Reliability and validity of clinical tests to assess the anatomical integrity of the cervical spine in adults with nek pain and its associated disorders : Part 1 – A systematic review from the Cervical Assessment and Diagnosis Research Evaluation (CADRE) Collaboration » Eur Spine J 2017 ; 26 (9) : 2225-2241.
9 –  Moser N et coll. « Validity and reliability of clinical prediction rules used to screen for cervical spine injury in alert low-risk patients with blunt trauma to the neck : part 2 – A systematic review from the cervical Assessment and Diagnosis Research Evaluation (CADRE) Collaboration » Eur Spine J 2018 ; 27 (6) : 1219-1233
10 –  Ameis A et coll. « The Global Spine Care Initiative: a review of reviews and recommendations for the non-invasive management of acute osteoporotic vertebral compression fracture pain in low- and middle-income communities » Eur Spine J 2018 ; 27 (6) : 861-869.
11 –  Rédaction Prescrire, Ostéopathes et chiropracteurs : des pratiques manuelles réglementées, Rev Prescrire 2012 ; 32 (347) : 702-704.

FAKEDEX – Aromathérapie

L’aromathérapie est une pratique de soin non-conventionnelle qui se fonde sur l’utilisation des huiles essentielles. C’est une thérapie qui date de l’entre-deux guerres, dont le nom apparait dans un livre du chimiste français René Gattefossé (1). Ce dernier a passé un certain temps à étudier les propriétés médicinales de divers huiles essentielles.

Une huile essentielle est, selon la définition adoptée par la Commission de la Pharmacopée Européenne, un « produit odorant, généralement de composition complexe, obtenu à partir d’une matière première végétale botaniquement définie, soit par entraînement à la vapeur d’eau, soit par distillation sèche, soit par un procédé mécanique approprié sans chauffage. L’huile essentielle est le plus souvent séparé de la phase aqueuse par un procédé physique n’entraînant pas de changement significatif de sa composition » (2) .
Les huiles essentielles sont en vente libre, dans les pharmacies, comme les grandes surfaces, en magasin spécialisé ou sur internet.

Les huiles essentielles peuvent être utilisées diluées et appliquées sur la peau par massage, versées dans un bain ou diffusées dans l’air ambiant. Certaines spécialités d’aromathérapie peuvent être utilisées par voie orale.
La consultation chez un aromathérapeute peut durer jusqu’à une ou deux heures et se composer d’un interrogatoire concernant les antécédents du patient, d’un bref examen et d’un massage avec une huile essentielle diluée. L’aromathérapie est indiquée dans des affections chroniques telles que l’anxiété, les maux de tête, les douleurs musculaires et osseuses. Les aromathérapeutes conseillent d’effectuer des séances régulières, même en l’absence des symptômes, afin de prévenir la réapparition de ces derniers.

Certains essais cliniques confirment l’effet relaxant et anti-stress du massage aromathérapeutique, mais celui-ci apparait de courte durée. Il est difficile de faire la part de l’effet relaxant entre le massage et l’action des huiles essentielles. Certaines huiles essentielles semblent avoir des propriétés spécifiques (ex : huile essentielle d’arbre à thé et effet antimicrobien). Cependant, ces propriétés sont peu fiables. Les effets indésirables décrits sont minimes, essentiellement des réactions allergiques.
Chez les enfants, les huiles essentielles de pin, d’eucalyptus, de menthol, de thymol ou d’autres terpènes cétoniques peuvent entraîner des convulsions (3). D’autres huiles essentielles présentent des risques pendant la grossesse ou l’allaitement. L’usage d’huiles essentielles est déconseillé aussi chez les personnes âgées ou atteintes de pathologies chroniques. Les huiles essentielles peuvent aussi présenter une toxicité vis-à-vis du foie ou du rein, ainsi qu’à des dermocausticités.
Il est recommandé de ne jamais injecter ou ingérer des huiles essentielles et de ne jamais les appliquer contre des muqueuses. Lorsqu’elles sont utilisées pour diffusion dans l’air ambiant, il ne faut jamais faire chauffer les huiles essentielles .

En somme, l’aromathérapie présente des effets relaxants et anti-stress à court terme, augmentant ainsi la sensation de bien-être ressenti. Il n’y a pas de preuves que l’aromathérapie puisse soigner des maladies spécifiques. 

Collectif FakeMed (d’après Singh et Ernst, Petit guide de thérapies alternatives, 2008)

Références :

1 – R.M. Gattefossé, Aromathérapie – les huiles essentielles hormones végétales, éd. Librairie des sciences Girardot, 1937
2 – https://www.edqm.eu/fr/9e-edition-de-pharmacopee-europeenne
3 – Prescrire Rédaction, « Info-Patients Prescrire : Se soigner avec des plantes n’est pas sans risque », Rev Prescrire juin 2017

FAKEDEX – Acupuncture

L’acupuncture est une pratique médicale ancienne, branche de la médecine chinoise, qui consiste à piquer avec de fines aiguilles sous la peau en des points stratégiques. Ces points précis se trouveraient sur des méridiens, c’est-à-dire des chemins de circulation d’une énergie vitale appelée « Qi ». L’acupuncture devrait soigner différentes pathologies et divers symptômes (1). 

Si elle est présentée comme une pratique millénaire, les premières traces écrites concernant l’acupuncture datent d’entre 200 avec J.C. à 220 après J.C. Elle devient à la mode en France durant les années 70, suite à l’exportation de la médecine traditionnelle chinoise hors de ses frontières à partir des années 50 (2).

En France, en 2014, 1 360 médecins généralistes déclaraient exercer une pratique complémentaire en acupuncture (3). Elle est validée en France par des Diplômes Interuniversitaires (DIU) mis en place par certaines universités. Il existe aussi des formations privées.

Lors d’une prise en charge par un acupuncteur, celui-ci va poser un diagnostic en s’appuyant sur l’inspection visuelle, l’auscultation, l’inspection olfactive, la palpation et l’interrogation. Cela lui permettra de définir la localisation des points d’acupuncture, la profondeur d’insertion des aiguilles, la durée, le mode de manipulation (4).

Les concepts de méridiens ou de circulation du « Qi » n’ont à ce jour aucun sens en biologie, en chimie ou en physique4. En effet, les 12 méridiens semblent être une analogie avec les douze grands fleuves de la Chine, tout comme les 365 points d’acupuncture originels font référence aux 365 jours de l’année.

Concernant son efficacité, il existe plus de 60 synthèses Cochrane évaluant l’usage de l’acupuncture dans différentes pathologies ou différents symptômes. Dans la prévention des attaques de migraine, l’acupuncture présente des effets minimes. Dans toutes les autres synthèses, l’acupuncture ne présente pas d’effet spécifique au-delà des effets contextuels (5).

L’acupuncture semble avoir un effet dans la réduction des douleurs articulaires chroniques, mais comparé à ne rien faire. Précisément, l’effet ne semble pas spécifique, comparé à de l’acupuncture simulée (6).
Selon une revue de la littérature réalisée par l’Inserm en 2014, il apparait que l’acupuncture présente une efficacité supérieure à l’absence de soin, dans le traitement des nausées et des vomissements et de certaines douleurs chroniques, avec un niveau de preuves variable. Au-delà de la non-comparaison avec un placebo, les auteurs concluent qu’il est impossible de dire si l’acupuncture est plus efficace quand elle est réalisée rigoureusement aux ouvrages de référence ou dans des zones aléatoires, voire en simulant les piqûres (7) .

Après des recherches pour pouvoir évaluer l’acupuncture contre un placebo, l’université d’Exeter est arrivée à la conclusion suivante : « il n’y a pas de preuve convaincante que les vraies séances d’acupuncture soient significativement plus efficaces que les séances d’acupuncture placebo pour le traitement des maux de tête chroniques dus à la tension nerveuse, les nausées provoquées par la chimiothérapie, les nausées postopératoires et la prévention des migraines » (4).

Concernant les effets indésirables, il a été rapporté parfois des effets graves comme des atteintes de certains organes (pneumothorax, tamponnade cardiaque), ainsi que des infections (hépatite C, HIV) (8).

Références :

1 – https://www.larousse.fr/encyclopedie/medical/acupuncture/10945
2 – Prescrire Rédaction, « L’invention de la « médecine traditionnelle chinoise » », Rev Prescrire 2014 ; 34(363) : 72.
3 – Nicodème R. et al, « La médecine générale et la qualification de spécialiste en médecine générale », Conseil National de l’Ordre des Médecins, juin 2014, 106 pages.
4 – Singh S. et Ernst E., « Médecines douces, Info ou intox ? », 2014, Cassini.
 5 – http://www.scienceinmedicine.org.au/wp-content/uploads/2018/03/Cochrane-acupuncture-2018.pdf

  6 – Rédaction Prescrire, « Acupuncture et douleurs articulaires chroniques : un placebo efficace ? », Rev Prescrire 2013 ; 33(357) : 530-531.
 7 – Barry C. et al, « Évaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’acupuncture », Inserm 2014, 212 pages.
 8 – Ernst E., « Acupuncture – a critical analysis”, JIM 2006 ; 259 : 125-137.