FAKEDEX – Médecine anthroposophique

Médecine anthroposophique

La médecine anthroposophique est la branche prenant en charge la santé des patients, issue de l’anthroposophie, courant développé par Rudolph Steiner au début du XXème siècle. Cette branche médicale a été développée dans les années 1920 grâce au travail du Dr Ita Wegman. Cette gynécologue allemande a créé une clinique anthroposophique en 1921, avant de co-écrire un livre avec Rudolph Steiner, posant ainsi les bases de cette discipline[1].

La médecine anthroposophique est appliquée dans plusieurs pays européen, dont la France, par des médecins ayant obtenu un diplôme d’état de docteur en médecine. L’approche de la santé des individus amène les médecins anthroposophiques à voir la maladie comme une « crise biographique de l’individualité », comme une « rupture d’équilibre des différents niveaux de la nature humaine »[2], comme un dérèglement karmique.

En Europe, en 2012, 4 800 médecins font partie d’une association nationale de médecine anthroposophique, dont 350 en France[3].

Les traitements de la médecine anthroposophiques sont de deux sortes, mais visent un seul but : ramener l’harmonie au sein de l’individu.

Les traitements non-médicamenteux sont la psychothérapie anthroposophique, l’étude biographique, les thérapeutiques artistiques, eurythmie thérapeutique. L’étude biographique, nécessite la « compréhension du karma et de la réincarnation, élément essentiel au travail biographique », pour comprendre « l’ensemble de la biographie de la personne »[4]. L’eurythmie thérapeutique est un travail sur le mouvement, censé aider le patient à « participer activement au processus de guérison et (…) assumer la responsabilité de façonner sa propre existence »[5].

Les traitements médicamenteux doivent être d’origine minérale, végétale ou animale, et se présentent donc essentiellement sous la forme d’homéopathie ou de phytothérapie.

Une grande partie des traitements non-médicamenteux de la médecine anthroposophique se fonde sur des principes inconnus de la science à ce jour.

Concernant l’art-thérapie, elle n’a pas fait preuve de son efficacité chez les patients atteints de démence[6], de schizophrénie[7], de psychose[8], de dépression, d’anxiété ou de phobies[9].

L’homéopathie n’apporte aucun bénéfice en santé[10], malgré plus de 200 ans d’utilisation.

Quant à la phytothérapie, si les propriétés thérapeutiques de certains végétaux ont fait preuve de leur efficacité, ce sont des produits très délicats à utiliser, car ils exposent à des effets indésirables[11], à d’éventuelles interactions médicamenteuses[12], et présentent des marges thérapeutiques parfois très étroites et difficiles à contrôler[13]. Le traitement fer de lance de la médecine anthroposophique est le gui (Viscum album) proposé comme médicament anticancéreux. Utilisé suite à une intuition de Rudolph Steiner, Viscum album expose à des risques d’interactions médicamenteuses graves[14], présente des caractéristiques cytotoxique[15], et n’a pas montré d’efficacité en termes de qualité de vie, de survie ou d’autres mesures de résultats[16]. Il n’y a donc aucun intérêt de prescrire des extraits de gui aux patients atteints d’un cancer[17], et encore moins sous sa forme homéopathique.

La médecine anthroposophique expose à un retard voire à un refus de soins[18], sans faire preuve d’une efficacité particulière.

L’anthroposophie est considérée comme une croyance présentant des risques de dérives sectaires, même si des recours juridiques ont donné lieu à un retrait de la médecine anthroposophique du guide Santé et dérives sectaires de la Miviludes[19].


[1] Steiner R et Wegman I, « Données de base pour un élargissement de l’art de guérir », Editions Triades, 1978 : 134 pages.

[2] Kempenich R « Présentation de la médecine anthroposophique », Association pour la recherche et l’enseignement en médecine anthroposophique, consulté sur www.arema-anthropomed.fr le 25 novembre 2019.

[3] Conseil national professionnel des médecins à expertise particulière – Section médecine anhroposophique « La médecine anthroposophique en France et en Europe – Présentation – Situation -Formation -Evaluation », CNP MEP-SMA 2012, 72 pages, consulté sur www.ifema.fr le 25 novembre 2019.

[4] Goetheanum « Le travail biographique : « Ô être humain, connais-toi toi-même », consulté sur www.goetheanum.org le 25 novembre 2019.

[5] « Profil professionnel pour l’exercice de l’eurythmie thérapie » : 6 pages. Consulté sur www.eurythmie-therapeutique.fr le 25 novembre 2019.

[6] Deshmukh SR et coll. « Art therapy for people with dementia”, Cochrane Database of Syst Rev 2018, 9 : CD011073.

[7] Ruddy R et Milne D « Art therapy for schizophrenia and schizophrenia-like illnesses”, Cochrane Databace of Syst Rev 2005, 4 : CD003728.

[8] Attard A et LarkinM « Art therapy for people with psychosis: a narrative review of the literature”, Lancet Psychiatry 2016 ; 3(11):1067-1078.

[9] Uttley L et coll. « The clinical and cost-effectiveness of group art therapy for people with non-psychotic mental health disorders: a systematic review and cost-effectiveness analysis” BMC psychiatry 2015 ; 15:151.

[10] Haute autorité de santé « Commission de la transparence. Evaluation des médicaments homéopathiques soumis à la procédure d’enregistrement prévue à l’article L.5121-13 du CSP », Avis de l’HAS, 26 juin 2019.

[11] Posadzki P et coll « Adverse effects of herbal medicines: an overview of systematic reviews”, Clin Med 2013;13(1):7-12.

[12] Fugh-Berman A, « Herb-drug interactions”, Lancet 2000;355(9198):134-138.

[13] Prescrire Rédaction « Divers « produits » à base de plantes : arrêt de la vent pour défaut d’AMM », Rev Prescrire 2005 ; 25(259) :189.

[14] Posadzki P et coll. « Herb-drug interactions: an overview of systematic reviews”, Br J Clin Pharmacol 2013;75(3):603-618.

[15] Prescrire Rédaction « Arrêt de la vente de certains « produits » à base de plantes », Rev Prescrire 2005 ;25(262) :422.

[16] Ernst E et coll. « Mistletoe for cancer? A systematic review of randomized clinical trials”, Int J Cancer 2003;107(2°:262-267.

[17] Freuding M et coll « Mistletoe in oncological treatment: a systematic review: part 1: survival and safety”, J Cancer Res Clin Oncol 2019 ; 145(3):695-707.

[18] Ernst E « Anthroposophy : a risk factor for noncompliance with measles immunization”, Pediatr Infect Dis J 2011;30(3):187-189.

[19] Miviludes « Santé et dérives sectaire », 10 avril 2012, consulté sur www.derives-sectes.gouv le 14 juillet 2021.

Psychanalyse

Souvent retrouvée sous le diminutif « psy », la psychanalyse est à différencier de la psychologie, de la psychiatrie et de la psychothérapie. Le psychologue est un professionnel diplômé en psychologie qui travaille autour des faits psychiques, qu’ils soient individuels ou collectifs. Le psychothérapeute est le nom donné au psychologue lorsque qu’il prend en charge ou accompagne un patient. Le psychiatre est un médecin spécialisé dans la prise en charge des pathologies mentales.
Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse, publie en 1923 une définition de son invention : c’est un procédé d’investigation des processus psychiques inconscients, une méthode de traitement des troubles névrotiques, ainsi qu’un ensemble de conceptions psychologiques (1).
Le titre de psychanalyste n’est pas protégé (2): il est simplement recommandé pour en faire usage, d’avoir fait soi-même une cure psychanalytique.
Si les fondements de la psychanalyse sont discutables et discutés car ils s’appuient uniquement sur des cas individuelsv (3), il est en revanche tout à fait possible d’évaluer son efficacité (4).
La psychanalyse n’a pas fait preuve de son efficacité dans la prise en charge des enfants et adolescents abusés sexuellement(5), ni dans la prise en charge de la schizophrénie (6).
La psychanalyse n’a pas non plus fait preuve de son efficacité pour traiter les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles de stress post-traumatique (7), ni l’addiction à la cocaïne, mais semble apporter des bénéfices dans le traitement des troubles somatoformes, l’anxiété (8), la dépression(9), les troubles de la personnalité, les troubles bipolaires (10), et les troubles de l’alimentation (11) . Ses effets, modestes à importants, dans la population générale, sont à interpréter avec prudence, et demandent à tenir compte d’une variabilité très importante (12). On ne trouve que de rares recommandation, seulement après échec d’une thérapeutique de type psychothérapie comportementale, par exemple (13). Une méta-analyse montre une efficacité relative dans la prise en charge des troubles addictifs associés à un état limite (14).
D’autres méta-analyses contredisent l’efficacité de la psychanalyse dans le traitement de la dépression, mais la confirme dans le traitement des troubles de la personnalité (15).
La psychanalyse n’est pas recommandée dans la prise en charge des troubles du spectre de l’autisme (16).
Les effets indésirables de la psychanalyse sont relativement négligés dans la littérature, qu’ils concernent la détérioration des relations familiales, les dérives sexuelles, l’insistance du thérapeute malgré l’échec, l’aggravation du trouble (17).
Les preuves de l’efficacité de la psychanalyse sont pour partie empiriques (18) et souvent contradictoires. Si la psychanalyse peut montrer un intérêt dans la réflexion que va avoir le thérapeute, elle ne doit pas être utilisée pour des pathologies mentales. Elle peut s’avérer dangereuse, car s’adresse à une population vulnérable et peut créer des liens erronés (suggestibilité (19) et induction de faux souvenirs (20), par exemple).
L’utilisation de la psychanalyse demande de plus grandes preuves de son efficacité. De plus, elle expose à des risques de dérives sectaires et addictives.

1 « Psychoanalysis » in Encyclopedia Britannica, consulté sur www.britannica.com le 19 novembre 2019.
2 De Mijolla)Mellor S. « Remarques sur le statut et les réglementations de la psychanalyse », Topique 2007 ; 4(101) : 7-10.
3 Meganck R et coll. “Beyond clinical case studies in psychoanalysis: a review of psychoanalytic empirical single case studies published in ISI-ranked journals”, Front Psychol 2017 ; 8:1749.
4 Waldron S Jr “How can we study the efficacy of psychoanalysis ?”, Psychoanal Q 1997;66(2):283-322.
5 Parker B et Turner W “Psychoanalytic/psychodynamic psychotherapy for children and adolescents who have been sexually abused”, Cochrane Database of Systematid Reviews 2013 ; 7 : CD008162.
6 Malmberg L et coll. “Individual psychodynamic psychotherapy and psychoanalyses for schizophrenia and severe mental illness”, Cochrane Database of Systematic reviews 2001 ; 3 : CD001360.
7 Prescrire redaction “Stress réactionnel à un traumatisme grave : la médicalisation est loin d’être prioritaire », Rev Prescrire 2006 ; 26(277) :760-763.
8 Steinert C et coll “Psychodynamic therapy : as efficacious as other empirically supported treatments ? A meta-analysis testing equivalence of outcomes”, Am J psychiatry 2017 ; 174(1):943-953.
9 Driessen E et coll “The efficacy of short-term psychodynamic psychotherapy for depression: a meta-analysis update”, Clin Psychol Rev 2015 ; 42: 1-15.
10 Lewis AJ et coll “Short-term psychodynamic psychotherapy: review of recent process and outcome studies”, Austr New Zealand J Psychiatr 2008;42(6):445-455.
11 Leichsenring F et coll “Psychodynamic therapy meet evidence-based medicine: a systematic review using updated criteria”, Lancet Psychiatry 2015;2(7):648-660.
12 Abbass AA et coll. ”Short-term psychodynamic psychotherapies for common mental disorders”, Cochrane Database Syst Rev 2014 ; 7 : CD004687.
13 Ho C et Adcock A “Short-term psychodynamic psychotherapy for the treatment of mental illness: a review of clinical effectiveness and guidelines”, Canadian Agency for Drugs and Technologies in Health 2017 : 23 pages.
14 Stoffers-Winterling JM et coll “Psychological therapies for people with borderline personality disorder”, Cochrane Database Syst Rev 2012 ; 8: CD005652.
15 Inserm « Psychothérapie : trois approches évaluées », Les éditions Inserm 2004, Paris : 570 pages.
16 HAS et Anesm “Autisme et autres troubles envahissants du développement : intervention éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent », Recommandation de bonne pratique HAS 2012 : 471 pages.
17 Kächele H et Schachter J “On side effects, destructive processes, and negative outcomes in psychoanalytic therapies: why is it difficult for psychoanalysts to acknowledge and address treatment failures ?”, Contemorary Psychoanalysis 2014;50(1-2):233-258.
18 Shedler J “The efficacy of psychodynamic psychotherapy”, Am Psychol 2010;65(2):98-109.
19 Griego AW et coll “Suggestibility and false memories in relation to intellectual disability and autism spectrum disorder: a meta-analytic reviex”, J Intellect Disabil Res 2019; 63(12):1464-1474.
20 Otgaar H et coll. “What drive false memories in psychopathology ? A case for associative activation”, Clin Psychol Sci 2017;5(6):1048-1069.

Thérapies neurosensorielles

Le terme neurosensoriel définit ce qui concerne le système nerveux et les organes des sens. De nombreuses disciplines se sont mises à utiliser ce terme en l’associant à un autre mot, avec un objectif thérapeutique ou éducatif. Nous allons nous focaliser principalement sur la part thérapeutique avec des exemple comme la posturothérapie neurosensorielle, l’intégration neurosensorielle ou la stimulation neurosensorielle.

La stimulation neurosensorielle prétend stimuler les sens (vue, toucher, odorat, audition, sensorimoteur) pour leur donner leur pleine mesure par l’apport de vibrations. Cette pratique a notamment été développée par un ORL français, Alfred Tomatis, qui travaillait sur les troubles de l’audition et du langage et a développé sa propre méthode de stimulation neurosensorielle, reposant sur des séances de rééducation auditives à l’aide d’une « oreille électronique ». Il a été radié de l’Ordre des médecins en 1977, avant d’être condamné en 1993 pour exercice illégal de la médecine. D’un point de vue théorique, cette méthode a été très critiquée(1).Une méta-analyse de 1999 note un intérêt de cette technique en montrant des effets positifs sur le développement psychomoteur et cognitif, tout en soulignant les limites de ces résultats. Une méta-analyse(2) plus récente ne montre pas d’efficacité de cette méthode dans le traitement des troubles su spectre de l’autisme (TSA)(3). Elle ne montre pas non plus d’efficacité dans le traitement des troubles de déficit de l’attention et dans l’hyperactivité(4).

L’intégration neurosensorielle est un modèle créé par Anna Jean Ayres, ergothérapeute et psychologue, au cours des années 1970(5). L’intégration neurosensorielle consiste à travailler sur la perception des sens, sur le traitement de ces informations par le cerveau, puis sur la réaction à l’environnement. L’intégration neurosensorielle vise à traiter les enfants ayant des troubles du traitement des informations sensorielles, essentiellement dans des cas de handicap. Cette technique est abordée en orthophonie, ergothérapie, kinésithérapie. Son efficacité demeure discutée, les résultats étant variables et contradictoires (6). L’intégration sensorielle ne montre pas de preuve de son efficacité dans la prévention de déficiences intellectuelles, de développement ou d’apprentissage chez les patients handicapés (7). Elle a montré une efficacité dans la réalisation des objectifs de fonctionnement et de participation des enfants présentant des TSA(8), mais pas dans l’amélioration de leurs compétences sensorimotrices et langagières, ni dans la réduction des aides sociales nécessaires (9). Dans la prise en charge des troubles du comportement, elle reste proposée, mais sans preuve de son efficacité (10). Il est à noter que les ergothérapeutes cherchent à étudier et évaluer l’efficacité de cette technique(11).

La posturothérapie neurosensorielle est une pratique manuelle prétendant guérir des pathologies par des « neurostimulations manuelles » après avoir, par exemple, « localisé palpatoirement des zones de conflits émotionnels ». (12) La posturothérapie neurosensorielle est indiquée pour la prise en charge des douleurs chroniques, les troubles du sommeil, les troubles obsessionnels compulsifs, le syndrome algodysfonctionnel de l’appareil manducateur, l’anxiété, les migraines, les phobies, etc.
D’un point de vue théorique, cette technique est discutable car s’appuie sur une confusion des termes, un raisonnement imprécis et une technique manuelle (palpation sensorielle) prétendant s’adapter au « seuil de sensibilité des récepteurs sensoriels ou sensitifs pour modifier la boucle dysfonctionnelle ». Nous n’avons trouvé aucune preuve de l’efficacité de la posturothérapie neurosensorielle, ni recherche de preuve d’efficacité, dans aucune pathologie.

1 Pialoux P. “Sur la demande de prise en charge par la Sécurité sociale de la méthode Tomatis », Bull Acad Natle Med 1993 ; 177 (1) : 43-46.
2 Gilmor T. “The efficacy of the Tomatis method for children with learning and communication disorders : a meta-analysis”, International Journal of Listening 1999 ; 13 : 12-23.
3 Sinha Y et coll « Auditory integration training and other sound therapies for autism spectrum disorders (ASD) », Cochrane Database Syst Rev 2011 ; 12 : CD003681.
4 Baumgaertel A « Alternative and controversial treatments for attention-deficit/hyperactivity disorder », Pediatr Clin North Am 1999 ; 46 (5) : 977-992.
5 Barbier I. « L’intégration sensorielle : de la théorie à la prise en charge des troubles de l’oralité », Contraste 2014 ; 39 : 143-159.
6 Rainville S. et Gagnon M.-N. « Expérimentation de l’approche neurosensorielle en ergothérapie au CJM-IU » in « Pratiques innovantes auprès de jeunes en difficulté », Presses de l’Université de Montréal 2010 : 63-82. DOI : 10.4000/books.pum.6470.
7 Leong HM et coll. « Systematic review of sensory integration therapy for individuals with disabilities : Single case design studies”, Rev Dev Disabil 2015 ; 47 : 334-351.
8 Case-Smith J et coll. “A systematic review of sensory processing interventions for children with autism spectrum disorders”, Autism 2014 ; 19 (2) : 133-148.
9 Schaaf RC et coll. « Efficacy of occupational therapy using Ayres sensory integration® : a systematic review”, Am J Occup Ther 2018 ; 72 (1) : 1-10.
10 Zimmer M et coll. « Sensory integration therapies for children with developmental and behavioral disorders”, Pediatrics 2012 ; 129 (6) : 1186-1189.
11 May-Benson TA « Interrater reliability and discriminative validity of the structural elements of the Ayres sensory integration fidelity measure”, Am J Occup Ther 2014 ; 68 (5) : 506-513.
12 Connaissance et Evolution « Formations continues 2017-2018 » : 28 pages.

Plasma de Quinton

Le plasma marin de Quinton a été inventé par un biologiste français, René Quinton, au début du XXème siècle. Cette solution, qui existe sous une forme isotonique et sous une forme hypertonique, provient d’un prélèvement d’eau marine entre 10 et 30 mètres de profondeur dans des zones de mouvements tourbillonnaires et est purifiée par une microfiltration à froid. Cette invention a été inspirée à Quinton par son observation de la ressemblance entre le milieu extracellulaire, le plasma sanguin et l’eau de mer.(1)
La différence entre le plasma de Quinton et le sérum physiologique proviendrait de la présence de nombreux oligo-éléments et minéraux.
Aujourd’hui, le plasma de Quinton n’est pas considéré comme un médicament, mais comme un complément alimentaire, après avoir perdu son autorisation de mise sur le marché en 1975. Le plasma de Quinton originel n’est plus vendu que par une seule société, basée en Espagne, prétendant que le plasma de Quinton parvient à reconstituer la cellule endommagée. On peut acheter du plasma de Quinton en France par le biais de sites internet.
Le plasma de Quinton est proposé dans le traitement des allergies, de l’eczéma, du psoriasis, de troubles digestifs, du stress, des douleurs chroniques, des fatigues physiques ou mentales. Il est recommandé chez les sportifs pour améliorer l’endurance et la récupération.
Les travaux de Quinton sont critiqués, notamment en ce qui concerne l’absence de fondement scientifique de sa méthode thérapeutique. Aussi, selon d’autres auteurs, l’eau de mer qui serait une bonne source de santé se trouverait à une profondeur supérieure à 200 mètres (2)
La recherche bibliographique apporte peu de preuves de l’efficacité du plasma de Quinton. On retrouve une étude publiée par le laboratoire producteur du plasma de Quinton (3). Une revue de la littérature confirme l’intérêt de l’irrigation nasale à basse pression et grand volume, avec une efficacité accrue avec l’utilisation d’eau de mer non diluée, non spécifiquement avec du plasma de Quinton(4). Une étude de niveau de preuve faible montre une certaine efficacité de l’eau de mer dans le traitement de la sècheresse oculaire, sans différence avec le plasma de Quinton (5).
Il est à noter que l’absorption d’eau salée augmente le risque d’hypertension artérielle (6), et est déconseillée en cas de problème thyroïdien, rénal ou cardiaque.
Enfin, en cette période de réchauffement climatique entraînant une diminution de l’accès à l’eau potable (7), il est indispensable de se poser des questions quant aux conséquences sanitaires de la consommation d’eau salée, ainsi que sur les moyens et techniques à utiliser pour rendre l’eau marine potable (8).

(1) Quinton R. « L’eau de mer, milieu organique », Masson 1904, Paris : 530 pages
(2) Mohd Nani SZ et coll. “Potential health benefits of deep sea water: a review”, Evid Based Complement Alternat Med 2016, doi:10.1155/2016/6520475.
(3) Alberola J et Coll F “Marine therapy and its healing properties”, Curr Aging Sci 2013; 6(1):63-75.
(4) Bastier PL et coll “Nasal irrigation : from empiricism to evidences-based medicine. A review”, Eur Ann Otorhinolaryngol Head Neck Dis 2015;132(5):281-283.
(5) Diaz-Llopis M et coll « A randomized multicenter study comparing seawater washes and carmellose artificial tears eyedrops in the treatment of dry eye syndrome”, Clin Ophtalmol 2019;13:483-490.
(6) Talukder MR et coll. « Drinking water salinity and risk of hypertension : a systematic review and meta-analysis”, Arch Environ Occup Health 2017 ; 72(3) : 126-138.
(7) Allison EH et Basset HR « Climate change in the oceans : human impacts and responses”, Science 2015;350(6262):778-782.
(8) Gude VG « Desalination and sustainability – An appraisal and curret perspective”, Water Res 2016;89:87-106.

FAKEDEX – Hypnothérapie

L’hypnothérapie correspond à la pratique de l’hypnose dans des buts thérapeutiques. Elle est utilisée pour la prise en charge de la douleur, de l’anesthésie, des addictions, ou au cours de psychothérapies. L’hypnose conduit à induire, par la parole et des moyens de suggestion, un état de conscience modifié dit « hypnotique », caractérisé par une indifférence au monde extérieur et par une suggestibilité accrue.
 
En 2019, l’hypnothérapie n’est pas réglementée, pouvant être pratiquée aussi bien par un professionnel de santé que par toute autre personne. Le fonctionnement neurophysiologique de l’hypnose continue d’être étudié, afin de déterminer précisément le phénomène qui en découle, même s’il est relativement bien compris [1].
 
Concernant l’aide à l’arrêt du tabac, le bénéfice est loin d’être prouvé et au mieux, il est très faible [2]L’hypnose semble pouvoir réduire l’utilisation globale de l’analgésie pendant le travail et l’accouchement, mais pas l’utilisation de la péridurale [3].  Le recours à l’hypnose lors d’un acte chirurgical, médical ou radiologique interventionnel permet de diminuer la consommation de sédatifs et/ou d’antalgiques au cours de l’acte [4]L’hypnothérapie semble apporter un bénéfice dans la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable [5]Accompagnée d’une anesthésie locale et d’une sédation consciente lors d’un acte chirurgical, l’hypnose semble améliorer le confort périopératoire et postopératoire pour le patient et l’opérateur [6]Dans la gestion du stress, le bénéfice de l’hypnose n’est pas évident [7]Concernant la prise en charge des troubles de l’anxiété et des phobies, les preuves d’efficacité de l’hypnose sont négatives ou insuffisantes [8]L’hypnose semble présenter une certaine efficacité dans la diminution des nausées et vomissement chez les enfants suivant une chimiothérapie. La preuve n’est pas aussi évidente chez les adultes [9]. Toujours chez les enfants, il est admis que la crainte et la douleur de l’aiguille peut être diminuée par l’hypnose ou des techniques de distraction (détournement de l’attention) [10]Dans la prise en charge des pathologies psychosomatiques, l’hypnose semble aussi avoir une certaine efficacité [11]L’efficacité de l’hypnose est modérée dans la prise en charge des douleurs chroniques [12].
 
Nous pouvons constater que l’hypnose est parfois utile pour accompagner certaines prises en charge. Cependant, cette prise en charge hypnothérapeutique doit impérativement être réalisée par un professionnel de la santé. Il est satisfaisant de constater l’ampleur de la recherche dans ce domaine, avec des articles de qualité.

[1] Terhune DB et coll. « Hypnosis and top-down regulation of consciousness”, Neuroscience & Biobehavioral Reviews 2017 ; 81 : 59-74.[2] Barnes J et coll. « Hypnotherapy for smoking cessation”, Cochrane Database of Systematic Review 2010 ; 10 : CD001008.

[3] Madden K et coll. « Hypnosis for pain management during labour and childbirth », Cochrane Database of Systematic Reviews 2016 ; 5 : CD009356.
[4] Gueguen J et coll. « Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose », Inserm 2015 : 213 pages.
[5] Webb AN et coll. « Hypnotherapy for treatment of irritable bowel syndrome », Cochrane Database of Systematic Review 2007 ; 4 : CD005110.
[6] Vanhaudenhuyse A et coll. « Neurophysiology of hypnosis », Neurophysiol Clin 2014 ; 44 (4) : 343-353.
[7] Fisch S et coll. « Hypnosis in patients with perceived stress – a systematic review », BMC Complement Altern Med 2017 ; 17 (1) : 323.
[8]Pelissolo A. « L’hypnose dans les troubles anxieux et phobiques : revue des études cliniques », Presse Med 2016 ; 45 (3) : 284-290.
[9] Richardson J et coll. « Hypnosis for nausea and vomiting in cancer chemotherapy :  a systematic review of the research evidence”, European journal of Cancer Care 2007 ; 16 (5) : 402-412.
[10] Birnie KA et coll. « Systematic review and meta-analysis of distraction and hypnosis for needle-related pain and distress in children and adolescents”, Journal of Pediatric Psychology 2014 ; 39 (8) : 783-808.
[11] Flammer E et Alladin A « The efficacy of hypnotherapy in the treatment of psychosomatic disorders : meta-analytical evidence”, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis 2007 ; 55 (3) : 251-274.
[12] Adachi T et coll. « Meta-analysis of hypnosis for chronic pain problems : a comparison between hypnosis, standard care, and other psychological interventions”, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis 2013 ; 62 (1) : 1-28.

FAKEDEX – EMDR

L’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR), ou integration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires en français, a été inventé à la fin des années 1980 par Francine Shapiro, psychologue au Mental Research Institute de Palo Alto, essentiellement pour prendre en charge les syndromes de stress post-traumatique (SSPT) des vétérans du Vietnam.

L’EMDR se fonde sur le déblocage des mécanismes naturels de traitement de l’information afin de pouvoir traiter des traumatismes (1). C’est un modèle de traitement accéléré de l’information, utilisant des mouvements oculaires rapides, ou tout autre détournement du processus attentionnel (2).

L’EMDR demande des séances préalables à sa réalisation afin de définir si ce traitement est le plus adapté, d’aider le participant à raconter le ou les événements traumatisants et à en revivre les sensations. Cela permet de définir l’intensité du stress causé, et d’adapter un plan de traitement. La désensibilisation consiste ensuite à fixer mentalement les éléments traumatisants ou anxiogènes tout en suivant simultanément avec les yeux les doigts du thérapeute ou un point lumineux passant alternativement de gauche à droite. Le participant est alors encouragé à développer des associations mentales, avant de chercher à associer une idée positive, jusqu’à diminution satisfaisante de l’angoisse. L’étape de désensibilisation est réalisée ensuite sur plusieurs séances.

L’EMDR est enseigné en France dans des instituts privés ou lors de DU à l’Université de Lorraine.

Lors d’études relevées par son inventrice, avec un suivi sur 5 ans, 85 % des patients souffrant de SSPT peuvent être traités en 3 séances de 90 minutes (3).

Selon des synthèses Cochrane, l’EMDR est efficace dans la prise en charge du SSPT chez l’adulte -(4), mais n’autorisent pas de conclusion chez l’enfant et l’adolescent (5).

Une synthèse de l’INSERM datant de 2015 aboutit aux mêmes conclusions, étant donné qu’elle se fonde sur les deux synthèses Cochrane déjà citées (6).

Selon l’OMS, lors d’une synthèse publiée en 2013, l’EMDR peut être recommandée dans la prise en charge du SSPT chez les adultes (niveau de preuve acceptable) et chez les enfants et les adolescents (niveau de preuve faible) (7).

Il n’existe pas à ce jour de preuves de l’efficacité de l’EMDR sur d’autres pathologies que le SSPT, hormis quand ces pathologies sont associées au SSPT.

Selon l’HAS, l’EMDR est contre-indiquée chez les patients présentant une pathologie psychotique (8).

Références :
1 –  Plaquette EMDR France, Janvier 2011, 2 pages.
2 –  Masson J. « L’outil EMDR en alcoologie : réflexions théoriques et cliniques », Psychothérapies 2005 ; 2(25) : 117-123.
3 – Shapiro F. « EMDR as an integrative psychotherapy approach. Experts of diverses orientations explore the paradigm prism », American Psychological Association 2002, Washington.
4 –  Sin J. et coll. « Psychological interventions for post-traumatic stress disorder (PTSD) in people with severe mental illness”, Cochrane Database of Systematic Reviews 2017 ; 1 : CD011464.
5 – Gillies D. « Psychological therapies for children and adolescents exposed to trauma », Cochrane Database of Systematic Reviews 2016 ; 10 : CD012371.
6 – Gueguen J. « Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose », Inserm 2015 : 213 pages.
7 – World Health Organization « Guidelines for the management of conditions specifically related to stress », WHO 2013, Genève.
8 – HAS « Affections psychiatriques de longue durée. Troubles anxieux graves. », HAS 2007 : 36 pages.

FAKEDEX – Olfactothérapie

L’olfactothérapie est une pratique de soin non-conventionnelle créée – et le nom déposé – en 1992 par Gilles Fournil. Cette discipline se fonde sur les « odeurs et les vibrations des huiles essentielles » (1). Elle cherche à travailler sur la mémoire des odeurs, et ainsi traiter les « nœuds du passé » (2). L’olfactothérapie est ainsi préconisée pour traiter les addictions, des pathologies psychologiques (boulimie, phobies, etc.).

L’olfactothérapie prétend agir sur le « rhinencéphale, sans passer par le diencéphale »1. Les huiles essentielles utilisées sont censées « réguler le plan psycho-énergétique et rééquilibrer les corps subtils et les 7 principaux chakras »(1).
Derrière ce charabia, on ne retrouve aucune raisonnement physique, anatomique, chimique ni physiologique. Il n’existe à ce jour aucune publication dans des revues scientifiques (3) .

Une consultation d’olfactothérapie se déroule sur une séance d’environ 45 minutes à une heure, en position allongée. Durant ce temps, il n’est pas spécifiquement recherché d’allergie ou de contre-indication à l’exposition aux huiles essentielles qui seront utilisées pendant le reste de la séance. Des consultations à distance sont aussi proposées. Une séance coûte en moyenne 50 euros.

Il n’existe aucun cadre législatif encadrant l’enseignement ou la pratique de l’olfactothérapie. Les formations sont dispensées directement par Gilles Fournil et Elisabeth Molina. Le nombre d’olfactothérapeutes s’élèvent à plus de 150, selon l’annuaire des olfactothérapeutes.

Concernant son efficacité, on peut rapprocher cette discipline de l’aromathérapie. En l’absence de publications spécifiques, et étant donné que l’aromathérapie ne présente une efficacité qu’avec le massage aromathérapeutique, nous pouvons considérer que l’olfactothérapie n’a pas non plus d’efficacité au-delà de l’effet placebo.

Références :
1 –  http://www.feh.be/formations_olfactotherapie.htm
2 –  www.olfactotherapie.com
3 – Recherche sur www.ncbi.nlm.nih.gov effectuée le 13/11/2018

FAKEDEX – Auriculothérapie

L’auriculothérapie est une pratique de soin non-conventionnelle, inventée dans les années 1950 par le docteur Paul Nogier, médecin lyonnais, qui fait une analogie entre la forme de l’oreille externe et celle d’un fœtus inversé. Partant de cette ressemblance, il établit un lien entre l’oreille externe et la position de l’ensemble des organes dans le corps. Formé en acupuncture, Paul Nogier observe un parallèle entre les points chinois et une conductibilité électrique assez importante (1) . Pourtant, il décrit l’auriculothérapie en dehors de la théorie des méridiens (cf fiche FakeDex Acupuncture) mais en correspondance avec le schéma de l’organisme. Il écrit de nombreux ouvrages traitant d’auriculothérapie dans les années 1970 et 1980, mais seulement 5 articles dans des revues scientifiques, dont un seul traite d’auriculothérapie.

L’auriculothérapie, malgré un modèle théorique scientifiquement invalide (2) , est enseignée en France dans plusieurs universités lors de DIU d’auriculothérapie, ou bien lors de DIU d’acupuncture. Elle porte alors le nom d’auriculothérapie scientifique ou médicale. Elle peut aussi être pratiquée en dehors d’une formation médicale.

Une consultation d’auriculothérapie se déroule, après interrogatoire et examen clinique, avec une inspection visuelle et une palpation de l’oreille externe, puis une détection de la résistance de l’oreille. L’oreille est ensuite stimulée par des aiguilles d’acupuncture, des billes de pression, électrostimulation, stimulation fréquentielle, par massage auriculaire, des clous en titane implantés. L’auriculothérapie est préconisée pour traiter un grand nombre de pathologies, de phobies ou d’addictions.

Dès 1984, l’absence d’efficacité de l’auriculothérapie dans la prise en charge des douleurs chroniques a été démontrée (3) . En 1990, l’OMS s’est emparée du sujet afin de définir une nomenclature de l’auriculothérapie, dans le but d’étudier son efficacité . Une seule synthèse Cochrane, datant de 2006, traite de l’auriculothérapie : elle aboutit à démonter qu’il n’existe aucune preuve d’efficacité (4) dans la prise en charge de la dépendance à la cocaïne, quelle que soit la technique utilisée (5) . En 2013, à la suite d’une demande du ministère de la Santé, l’Inserm a cherché à évaluer l’efficacité de l’auriculothérapie . Il y apparait une absence d’efficacité de l’auriculothérapie dans le traitement des addictions, une efficacité dans l’anxiété préopératoire. Cette étude de l’Inserm n’a malheureusement retrouvé aucune donnée sur la supériorité de l’auriculothérapie (6) sur d’autres thérapeutiques s’appuyant sur des bases théoriques fiables. Les effets indésirables (malaise vagal, chondrite, hémorragies) sont courants, mais bénins. Il a été décrit des approches ésotériques et des dérives sectaires.

Références :

 1 – Halimi D., « L’auriculothérapie médicale : bases scientifiques, principes et stratégies thérapeutiques », 2017, Elsevier Health Sciences, Paris.
 2 – Bertaud M., « Vrai et faux placebo », Science et pseudo-sciences 2004, 264.
 3 – Melzack R; et Katz J., « Auriculotherapy fails to relieve chronic pain, a controlled crossover study », JAMA 1984 ; 251 : 1041-1043.
  4 – WHO, « Report of the working group on auricular acupuncture nomenclature », 1991, Lyon : 25 pages.
  5 – Gates S. et coll., « Auricular acupuncture for cocaine dependence », Cochrane Database of Systematic Reviews 2006, 1(CD005192).
  6 – Gueguen et coll., « Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’auriculothérapie », Inserm 2013 : 224 pages.

FAKEDEX – Chiropraxie

La chiropraxie est une discipline apparue à la fin de XIXème siècle dont l’objectif est de réaligner les vertèbres de la colonne vertébrale à l’aide de pressions manuelles. Aujourd’hui, la chiropratique intervient sur l’ensemble de l’appareil neuro-musculo-squelettique ou « tout autre tissu en rapport », à l’aide de mobilisations manuelles, instrumentales ou mécanisées (1).

Les fondateurs de la théorie chiropratique soutenaient qu’une mauvaise santé est due à des subluxations, c’est-à-dire un mauvais alignement des vertèbres, interférant avec le flux de ce qu’ils appellent l’intelligence innée. Il n’existe aujourd’hui aucune preuve d’un tel flux, ni d’un quelconque rôle vis-à-vis de la santé (2).

Les chiropracteurs sont en France estimés entre 450 et 700, formés sur un cycle d’études de 5 ans. En 2011, les chiropracteurs obtiennent l’autorisation de pratiquer des manipulations vertébrales sans avis médical (3).

Dans une prise en charge par un chiropracteur, après interrogatoire et recherche des antécédents médicaux, un examen complet du dos va être réalisé, complété par une observation de la posture et de la mobilité du patient, ainsi qu’une palpation des vertèbres.

Il n’existe à ce jour qu’un nombre limité d’études sur l’efficacité de la chiropratique. Pour les lombalgies, il n’existe aucune preuve de l’efficacité supérieure des interventions chiropratiques sur d’autres techniques concernant la diminution de la douleur ou de l’invalidité. (4).

Pour les lombalgies aiguës, la manipulation vertébral ne montre pas une efficacité supérieur à celle d’une manipulation placebo (5).

Dans les lombalgies sub-aiguës et les cervicalgies, l’efficacité de la chiropraxie n’apparaît pas supérieure à celle des autres traitement (6).

Si pour les douleurs cervicales, il semble y avoir une certaine efficacité des manipulations et mobilisations vertébrales. Il n’existe pas de preuves d’efficacité sur les autres indications (7).

Il est cependant déconseillé de consulter un chiropracteur fondamentaliste, c’est-à-dire croyant aux théories des subluxations et de l’intelligence innée et en la capacité des manipulations vertébrales à guérir l’ensemble des maladies. En effet, un chiropracteur fondamentaliste pourra proposer des traitements pour des affections respiratoires ou digestives, des problèmes gynécologiques ou gravidiques, des pathologies infectieuses ou parasitaires, des atteintes dermatologiques ou autres. Or, il n’existe pas de preuves d’efficacité de la chiropratique dans ces pathologies ou affections.

La chiropratique a beaucoup évolué et cherche à étudier et mettre en valeur son efficacité. Des démarches comme CADRE (Cervical assessment and diagnosis research evolution) a cherché à mettre en place des tests cliniques dans ce sens (8)(9)  . De même, nous considérons louable la participation au Global Spine Care Initiative qui cherche à étudier les modèles de prévention et de soins pouvant être mis en place dans la prise en charge des troubles de la colonne vertébrale. Cette initiative a mis en évidence l’efficacité des analgésiques et des orthèses dans la gestion de la douleur de la colonne vertébrale, accompagnée de mobilisation précoce, et surtout rappelé l’importance de l’exercice physique pour améliorer fonctionnalité et qualité de vie (10).

Concernant les effets indésirables, dans 30 % à 60 % des cas, il est constaté une aggravation des douleurs et des maux de tête. Il est aussi rapporté des complications graves, avec parfois un pronostic vital engagé, principalement dans le cas de manipulations cervicales, sous la forme d’accidents vasculaires vertébrobasilaires (11) . Les complications lors des manipulations des vertèbres cervicales sont rares, mais graves (6).

Les actes de chiropraxie sont parfois pris en charge par certaines complémentaires santé.

Collectif FakeMed

Références :

1 – Lemeunier N et coll., Fiche mémo en chiropraxie, 2017.
2 – Singh S. et Ernst E., Médecines douces Info ou intox ?, Cassini 2014.
3 – Décret n°2011-32 du 7 janvier, consultable sur legifrance.gouv.fr
4 – Xalker BF et coll. ‘Combined chriroptatic interventions for low-back pain » Cochrane database of systematic reviews 2010,4 : CD005427.
5 – Rubinsteine SM et coll. « Spinal manipulative therapy for acute low-back pain » Cochrane database of systematic reviews 2012,9 : CD008880.
6 – Barry C et coll. « Evaluation de l’efficacité de la pratique de la chiropratique » Inserm 2011 : 193 pages.
7 – Centre fédéral d’expertise des soins de santé, Etat des lieux de l’ostéopathie et de la chiropraxie en Belgique 2010, Synthèse de rapport, 34 pages.
8 –  Lemeunier N et coll. « Reliability and validity of clinical tests to assess the anatomical integrity of the cervical spine in adults with nek pain and its associated disorders : Part 1 – A systematic review from the Cervical Assessment and Diagnosis Research Evaluation (CADRE) Collaboration » Eur Spine J 2017 ; 26 (9) : 2225-2241.
9 –  Moser N et coll. « Validity and reliability of clinical prediction rules used to screen for cervical spine injury in alert low-risk patients with blunt trauma to the neck : part 2 – A systematic review from the cervical Assessment and Diagnosis Research Evaluation (CADRE) Collaboration » Eur Spine J 2018 ; 27 (6) : 1219-1233
10 –  Ameis A et coll. « The Global Spine Care Initiative: a review of reviews and recommendations for the non-invasive management of acute osteoporotic vertebral compression fracture pain in low- and middle-income communities » Eur Spine J 2018 ; 27 (6) : 861-869.
11 –  Rédaction Prescrire, Ostéopathes et chiropracteurs : des pratiques manuelles réglementées, Rev Prescrire 2012 ; 32 (347) : 702-704.

FAKEDEX – Aromathérapie

L’aromathérapie est une pratique de soin non-conventionnelle qui se fonde sur l’utilisation des huiles essentielles. C’est une thérapie qui date de l’entre-deux guerres, dont le nom apparait dans un livre du chimiste français René Gattefossé (1). Ce dernier a passé un certain temps à étudier les propriétés médicinales de divers huiles essentielles.

Une huile essentielle est, selon la définition adoptée par la Commission de la Pharmacopée Européenne, un « produit odorant, généralement de composition complexe, obtenu à partir d’une matière première végétale botaniquement définie, soit par entraînement à la vapeur d’eau, soit par distillation sèche, soit par un procédé mécanique approprié sans chauffage. L’huile essentielle est le plus souvent séparé de la phase aqueuse par un procédé physique n’entraînant pas de changement significatif de sa composition » (2) .
Les huiles essentielles sont en vente libre, dans les pharmacies, comme les grandes surfaces, en magasin spécialisé ou sur internet.

Les huiles essentielles peuvent être utilisées diluées et appliquées sur la peau par massage, versées dans un bain ou diffusées dans l’air ambiant. Certaines spécialités d’aromathérapie peuvent être utilisées par voie orale.
La consultation chez un aromathérapeute peut durer jusqu’à une ou deux heures et se composer d’un interrogatoire concernant les antécédents du patient, d’un bref examen et d’un massage avec une huile essentielle diluée. L’aromathérapie est indiquée dans des affections chroniques telles que l’anxiété, les maux de tête, les douleurs musculaires et osseuses. Les aromathérapeutes conseillent d’effectuer des séances régulières, même en l’absence des symptômes, afin de prévenir la réapparition de ces derniers.

Certains essais cliniques confirment l’effet relaxant et anti-stress du massage aromathérapeutique, mais celui-ci apparait de courte durée. Il est difficile de faire la part de l’effet relaxant entre le massage et l’action des huiles essentielles. Certaines huiles essentielles semblent avoir des propriétés spécifiques (ex : huile essentielle d’arbre à thé et effet antimicrobien). Cependant, ces propriétés sont peu fiables. Les effets indésirables décrits sont minimes, essentiellement des réactions allergiques.
Chez les enfants, les huiles essentielles de pin, d’eucalyptus, de menthol, de thymol ou d’autres terpènes cétoniques peuvent entraîner des convulsions (3). D’autres huiles essentielles présentent des risques pendant la grossesse ou l’allaitement. L’usage d’huiles essentielles est déconseillé aussi chez les personnes âgées ou atteintes de pathologies chroniques. Les huiles essentielles peuvent aussi présenter une toxicité vis-à-vis du foie ou du rein, ainsi qu’à des dermocausticités.
Il est recommandé de ne jamais injecter ou ingérer des huiles essentielles et de ne jamais les appliquer contre des muqueuses. Lorsqu’elles sont utilisées pour diffusion dans l’air ambiant, il ne faut jamais faire chauffer les huiles essentielles .

En somme, l’aromathérapie présente des effets relaxants et anti-stress à court terme, augmentant ainsi la sensation de bien-être ressenti. Il n’y a pas de preuves que l’aromathérapie puisse soigner des maladies spécifiques. 

Collectif FakeMed (d’après Singh et Ernst, Petit guide de thérapies alternatives, 2008)

Références :

1 – R.M. Gattefossé, Aromathérapie – les huiles essentielles hormones végétales, éd. Librairie des sciences Girardot, 1937
2 – https://www.edqm.eu/fr/9e-edition-de-pharmacopee-europeenne
3 – Prescrire Rédaction, « Info-Patients Prescrire : Se soigner avec des plantes n’est pas sans risque », Rev Prescrire juin 2017