Comment agir contre les Fake Médecines ?

Le serment d’Hippocrate est l’un des plus anciens engagements éthiques connus. Il exige du médecin d’offrir les meilleurs soins possibles et de la façon la plus honnête.

Ces deux exigences lui imposent de chercher sans cesse à améliorer ses connaissances, et d’informer ceux qui font appel à ses soins sur ce qu’il peut raisonnablement proposer, ainsi que sur ce qui est inutile ou contre-indiqué.

Il est facile et valorisant d’afficher son savoir. Il est bien plus difficile d’expliquer et d’accepter ses limites. La tentation peut alors être grande de pratiquer des soins sans aucun fondement scientifique.
Cette tentation a toujours existé. Elle a été, et est toujours, nourrie par des charlatans en tout genre qui recherchent la caution morale du titre de médecin pour faire la promotion de fausses thérapies à l’efficacité illusoire.

L’obligation d’honnêteté est inscrite dans les Codes de déontologie des professions médicales et le Code de la Santé Publique (article 39 du code de déontologie, article R.4127-39 du code de la Santé Publique) :

  • Ils interdisent le charlatanisme et la tromperie, imposent de ne prescrire et distribuer que des traitements éprouvés. Ils proscrivent aussi l’usage de remèdes secrets ou ne mentionnant pas clairement les substances qu’ils contiennent.
  • Le Conseil de l’Ordre des Médecins est chargé de veiller à ce que ses membres n’utilisent pas leur titre pour promouvoir des pratiques dont la science n’a jamais pu prouver l’utilité, voire qui présentent une certaine dangerosité. Il doit veiller à ce que les médecins ne deviennent pas les représentants de commerce d’industries peu scrupuleuses. Il doit sanctionner ceux ayant perdu de vue l’éthique de leur exercice.


Pourtant en 2018, l’Ordre des Médecins tolère des pratiques en désaccord avec son propre code de déontologie et les pouvoirs publics organisent voire participent au financement de certaines de ces pratiques.

Face à des pratiques de plus en plus nombreuses et ésotériques, et à la défiance grandissante du public vis-à-vis de la médecine scientifique, nous nous devions de réagir avec force et vigueur.

L’homéopathie, comme les autres pratiques qualifiées de « médecines alternatives », n’est en rien scientifique. Ces pratiques sont basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse et sans risques. En septembre 2017, le Conseil scientifique des Académies des Sciences Européennes a publié un rapport confirmant l’absence de preuves de l’efficacité de l’homéopathie. Dans la plupart des pays développés, les médecins se voient interdire de prescrire des produits homéopathiques.

Les thérapies dites « alternatives » sont inefficaces au-delà de l’effet placebo, et n’en sont pas moins dangereuses.

  • Dangereuses, car elles soignent l’inutile en surmédicalisant la population et en donnant l’illusion que toute situation peut se régler avec un « traitement».
  • Dangereuses, car elles alimentent et s’appuient sur une défiance de fond vis-à-vis de la médecine conventionnelle comme le montrent les polémiques injustifiées sur les vaccins.
  • Dangereuses enfin, car leur usage retarde des diagnostics et des traitements nécessaires avec parfois des conséquences dramatiques, notamment dans la prise en charge de pathologies lourdes comme les cancers.

Ces pratiques sont également coûteuses pour les finances publiques.

  • Des formations sont assurées dans des structures recevant de l’argent public. Des consultations sont ouvertes dans des hôpitaux, aux dépens d’autres services. Certains de ces traitements sont pris en charge par l’assurance maladie largement déficitaire.
  • Ainsi, les produits homéopathiques peuvent être remboursés à 30 % (et jusqu’à 90 % en Alsace-Moselle) avec un statut dérogatoire les dispensant de prouver leur efficacité.
  • Ceci finance une industrie prospère dont les représentants n’hésitent pas à insulter gravement ceux qui les critiquent (« Il y a un Ku Klux Klan contre l’homéopathie » accusait le président du leader mondial du secteur, Christian Boiron, dans le journal Le Progrès du 15 juillet 2016) ou à balayer d’un revers de main les exigences de preuves scientifiques.

De ces pratiques qui ne sont ni scientifiques, ni éthiques, mais bien irrationnelles et dangereuses, nous souhaitons nous désolidariser totalement.

Nous demandons instamment au Conseil de l’Ordre des Médecins et aux pouvoirs publics de tout mettre en oeuvre pour :

  • Ne plus autoriser à faire état de leur titre les médecins ou professionnels de santé qui continuent à les promouvoir.
  • Ne plus reconnaître d’une quelconque manière les diplômes d’homéopathie, de mésothérapie ou d’acupuncture comme des diplômes ou qualifications médicales.
  • Ne plus faire produire en Faculté de Médecine ou dans les établissements de formation de santé, des diplômes appuyés sur des pratiques dont l’efficacité n’aura pas été scientifiquement démontrée.
  • Ne plus rembourser par les cotisations sociales les soins, médicaments ou traitements issus de disciplines refusant leur évaluation scientifique rigoureuse.
  • Encourager les démarches d’information sur la nature des thérapies alternatives, leurs effets délétères, et leur efficacité réelle.
  • Exiger de l’ensemble des soignants qu’ils respectent la déontologie de leur profession, en refusant de donner des traitements inutiles ou inefficaces, en proposant des soins en accord avec les recommandations des sociétés savantes et les données les plus récentes de la science, en faisant preuve de pédagogie et d’honnêteté envers leurs patients et en proposant une écoute bienveillante.

FAKEDEX – Acupuncture

L’acupuncture est une pratique médicale ancienne, branche de la médecine chinoise, qui consiste à piquer avec de fines aiguilles sous la peau en des points stratégiques. Ces points précis se trouveraient sur des méridiens, c’est-à-dire des chemins de circulation d’une énergie vitale appelée « Qi ». L’acupuncture devrait soigner différentes pathologies et divers symptômes (1). 

Si elle est présentée comme une pratique millénaire, les premières traces écrites concernant l’acupuncture datent d’entre 200 avec J.C. à 220 après J.C. Elle devient à la mode en France durant les années 70, suite à l’exportation de la médecine traditionnelle chinoise hors de ses frontières à partir des années 50 (2).

En France, en 2014, 1 360 médecins généralistes déclaraient exercer une pratique complémentaire en acupuncture (3). Elle est validée en France par des Diplômes Interuniversitaires (DIU) mis en place par certaines universités. Il existe aussi des formations privées.

Lors d’une prise en charge par un acupuncteur, celui-ci va poser un diagnostic en s’appuyant sur l’inspection visuelle, l’auscultation, l’inspection olfactive, la palpation et l’interrogation. Cela lui permettra de définir la localisation des points d’acupuncture, la profondeur d’insertion des aiguilles, la durée, le mode de manipulation (4).

Les concepts de méridiens ou de circulation du « Qi » n’ont à ce jour aucun sens en biologie, en chimie ou en physique4. En effet, les 12 méridiens semblent être une analogie avec les douze grands fleuves de la Chine, tout comme les 365 points d’acupuncture originels font référence aux 365 jours de l’année.

Concernant son efficacité, il existe plus de 60 synthèses Cochrane évaluant l’usage de l’acupuncture dans différentes pathologies ou différents symptômes. Dans la prévention des attaques de migraine, l’acupuncture présente des effets minimes. Dans toutes les autres synthèses, l’acupuncture ne présente pas d’effet spécifique au-delà des effets contextuels (5).

L’acupuncture semble avoir un effet dans la réduction des douleurs articulaires chroniques, mais comparé à ne rien faire. Précisément, l’effet ne semble pas spécifique, comparé à de l’acupuncture simulée (6).
Selon une revue de la littérature réalisée par l’Inserm en 2014, il apparait que l’acupuncture présente une efficacité supérieure à l’absence de soin, dans le traitement des nausées et des vomissements et de certaines douleurs chroniques, avec un niveau de preuves variable. Au-delà de la non-comparaison avec un placebo, les auteurs concluent qu’il est impossible de dire si l’acupuncture est plus efficace quand elle est réalisée rigoureusement aux ouvrages de référence ou dans des zones aléatoires, voire en simulant les piqûres (7) .

Après des recherches pour pouvoir évaluer l’acupuncture contre un placebo, l’université d’Exeter est arrivée à la conclusion suivante : « il n’y a pas de preuve convaincante que les vraies séances d’acupuncture soient significativement plus efficaces que les séances d’acupuncture placebo pour le traitement des maux de tête chroniques dus à la tension nerveuse, les nausées provoquées par la chimiothérapie, les nausées postopératoires et la prévention des migraines » (4).

Concernant les effets indésirables, il a été rapporté parfois des effets graves comme des atteintes de certains organes (pneumothorax, tamponnade cardiaque), ainsi que des infections (hépatite C, HIV) (8).

Références :

1 – https://www.larousse.fr/encyclopedie/medical/acupuncture/10945
2 – Prescrire Rédaction, « L’invention de la « médecine traditionnelle chinoise » », Rev Prescrire 2014 ; 34(363) : 72.
3 – Nicodème R. et al, « La médecine générale et la qualification de spécialiste en médecine générale », Conseil National de l’Ordre des Médecins, juin 2014, 106 pages.
4 – Singh S. et Ernst E., « Médecines douces, Info ou intox ? », 2014, Cassini.
 5 – http://www.scienceinmedicine.org.au/wp-content/uploads/2018/03/Cochrane-acupuncture-2018.pdf

  6 – Rédaction Prescrire, « Acupuncture et douleurs articulaires chroniques : un placebo efficace ? », Rev Prescrire 2013 ; 33(357) : 530-531.
 7 – Barry C. et al, « Évaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’acupuncture », Inserm 2014, 212 pages.
 8 – Ernst E., « Acupuncture – a critical analysis”, JIM 2006 ; 259 : 125-137.